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Cameroun : des organisations vent debout contre le crime environnemental, un fléau à 280 milliards USD

Le pillage des forêts du bassin du Congo n’est plus seulement une tragédie écologique. C’est devenu l’une des industries criminelles les plus lucratives au monde. C’est ce constat qui a récemment réuni à Bertoua, chef-lieu de la région de l’Est, plus d’une dizaine d’organisations de la société civile (OSC) autour du World Wide Fund for…

Le pillage des forêts du bassin du Congo n’est plus seulement une tragédie écologique. C’est devenu l’une des industries criminelles les plus lucratives au monde. C’est ce constat qui a récemment réuni à Bertoua, chef-lieu de la région de l’Est, plus d’une dizaine d’organisations de la société civile (OSC) autour du World Wide Fund for Nature (WWF), pour partager et adopter une stratégie commune de protection des OSC engagées dans la lutte contre la criminalité environnementale, indique cette organisation non gouvernementale (ONG) spécialisée dans la conservation de la nature.

Les chiffres justifient l’urgence. Selon Interpol, la criminalité environnementale s’est hissée en 2023 au troisième rang des activités les plus rentables pour les groupes criminels transnationaux organisés, générant jusqu’à 280 milliards USD de profits par an, soit davantage que le Produit intérieur brut (PIB) de nombreux pays africains. Le commerce illégal de bois en constitue le cœur, avec une valeur estimée entre 51 et 152 milliards USD par an, soit près de la moitié des revenus illicites tirés de la criminalité environnementale. Cette économie souterraine ne se limite pas à la coupe frauduleuse ; elle irrigue toute la chaîne de valeur forestière, de la récolte au transport, en passant par la transformation et la vente, via des mécanismes bien rodés : délinquance financière, fraude documentaire, corruption, blanchiment d’argent.

La trajectoire environnementale suit la même pente. En 2022, les tropiques ont perdu 4,1 millions d’hectares de forêt primaire, en hausse de 10 % par rapport à 2021, soit l’équivalent de près de onze terrains de football disparus chaque minute, selon les données du World Resources Institute et de Global Forest Watch. Pour un pays comme le Cameroun, dont les stratégies de développement s’appuient en partie sur le capital forestier, cette érosion représente une perte d’actif économique autant qu’un désastre écologique.

Face à ces réseaux, les OSC occupent une position paradoxale. En effet, elles sont devenues des maillons indispensables de détection et de dénonciation, sans disposer de moyens de protection à la hauteur des risques encourus. Leurs membres s’exposent à des menaces sécuritaires croissantes — agressions physiques et verbales, confiscation de matériel, poursuites judiciaires arbitraires — lorsqu’ils affrontent des intérêts criminels puissants. Surtout dans un contexte où le manque de soutien institutionnel et l’impunité entourant les représailles freinent une collaboration plus étroite avec les services étatiques chargés de l’application de la loi.

La rencontre de Bertoua a rassemblé les réseaux d’ONG des paysages du Tri-National de la Sangha (TNS) et du TRIDOM (Dja-Minkebé-Odzala), aux côtés de structures comme Greenpeace, Forêts et Développement rural (FODER), Transparency International et le Réseau des ONG du Sud-Est Cameroun (ROSE). Cette coalition illustre la dimension désormais régionale de cette lutte. Les outils et mécanismes de protection identifiés et validés lors de la session — notamment l’outil de protection présenté par Transparency International — seront développés et portés comme instruments de plaidoyer, avec l’ambition de les intégrer aux cadres nationaux de lutte contre la criminalité forestière et faunique, en cohérence avec la politique forestière, la nouvelle loi forestière et faunique du 24 juillet 2024 et la loi-cadre sur l’environnement. L’atelier s’inscrivait dans le projet « Contribution à une protection renforcée des organisations de la société civile collaborant à la détection et au signalement des crimes environnementaux présumés », soutenu par le ministère fédéral allemand de l’Environnement (BMUV) et l’Initiative internationale pour le climat (IKI).

Cette initiative traduit surtout un changement de logiciel. Et pour cause, sécuriser les lanceurs d’alerte environnementaux n’est plus seulement une question de droits humains ; c’est une condition de préservation d’un actif économique stratégique. Tant que la protection de ceux qui documentent le pillage restera plus faible que l’impunité de ceux qui le pratiquent, la valeur marchande et climatique de la forêt continuera de s’écouler vers les circuits qui la spolient.

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