Le ministère des Finances s’apprête à mettre en service une application informatique dédiée au suivi des importations de produits pétroliers. Un atelier de quatre jours, réuni à Yaoundé sous la supervision technique de la Division de l’informatique de la Direction générale du Budget (DGB), a permis aux utilisateurs finaux de se familiariser avec les différents modules du système avant son entrée en vigueur.
L’outil doit permettre de suivre en temps réel les importateurs, les marketeurs et la validité de leurs agréments. Il intègre la gestion des appels d’offres, les processus d’adjudication et la réception effective des produits, et centralise les données nécessaires au calcul des manques à gagner et, le cas échéant, des trop-perçus. Six modules le composent : gestion des marketeurs, pilotage des attributions, réception des produits pétroliers, détermination du différentiel, traitement budgétaire et comptable, validation des rapports.
Le projet n’est pas nouveau. Il a été lancé en juillet 2024 par une note officielle instituant une équipe dédiée, puis soumis à un premier atelier de validation en juin 2025 à Mbakomo, associant le ministère de l’Eau et de l’Énergie (MINEE), la Caisse de stabilisation des prix des hydrocarbures (CSPH), la Société camerounaise des dépôts pétroliers (SCDP), la Sonara, la DGB et la Direction générale des douanes. Les protocoles de sécurité ont été renforcés et l’interface modernisée après les instructions de novembre 2025.
L’enjeu est arithmétique. Les prix à la pompe étant fixés par l’État, l’écart entre le coût réel d’approvisionnement d’un importateur et le prix réglementaire de cession détermine soit une compensation due par les finances publiques (le manque à gagner), soit une somme à reverser au Trésor (le trop-perçu), les excédents sur les carburants blancs revenant au Trésor conformément aux règles applicables à la CSPH. Or, depuis l’incendie de la Société nationale de raffinage (Sonara) en mai 2019, la multiplication des marketeurs a rendu ce calcul particulièrement complexe.
Les données citées par le ministère donnent la mesure des écarts. En janvier 2024, deux cargaisons de gasoil de 10 000 tonnes chacune ont généré des manques à gagner de 569 millions et de 1 milliard de FCFA, soit 431 millions d’écart pour des volumes identiques. En février 2024, les structures réglementaires faisaient ressortir, à Douala, un trop-perçu de 45,8 FCFA par litre d’essence et de 14,1 FCFA par litre de gasoil ; à Limbé, de 22,9 FCFA sur l’essence, tandis que le gasoil affichait un manque à gagner de 13,7 FCFA par litre.
La facture justifie cette vigilance. Les importations d’hydrocarbures ont atteint 891,1 milliards de FCFA en 2025, après un record de 1 153,4 milliards en 2022, et 274,3 milliards au seul premier trimestre 2026, en hausse de 2,5 % sur un an. Sur la même période, les recettes d’exportation de pétrole brut ont reculé de 14,4 %, à 152,4 milliards de FCFA. Le coût d’importation du gasoil est passé de 653,85 FCFA le litre en juillet 2026 à 860,10 FCFA en septembre, puis à 974,93 FCFA en octobre, sous l’effet des cotations internationales, du fret et des primes de risque.
Sur le front budgétaire, la trajectoire est plus contrastée que ne le laisse croire l’argument de la discipline. Les subventions pétrolières, qui avaient dépassé 1 000 milliards de FCFA en 2022, ont été ramenées à 640 milliards en 2023 puis à 263,3 milliards en 2024, et la loi de finances de 2025 a réduit la dotation consacrée aux carburants à 15 milliards. Mais le Document de programmation économique et budgétaire à moyen terme 2027-2029 prévoit de porter les subventions énergétiques — carburants et électricité — à 340 milliards de FCFA en 2027, contre 310 milliards en 2026, alors même que le Fonds monétaire international plaide pour une réforme de la tarification. Le contrôle renforcé des importations relève donc de la sécurisation des calculs plus que d’une préparation à la sortie des subventions.
La Banque des États de l’Afrique centrale (BEAC) presse par ailleurs Yaoundé d’accélérer la reconstruction de la Sonara et le projet de raffinerie C-Star à Kribi. Le gouvernement ne parle plus d’une remise en état mais d’une reconstruction complète, pour un coût évalué à environ 700 milliards de FCFA, incluant un hydrocracker destiné à mieux valoriser le brut local. Quatre des treize unités de production et un bac de stockage de brut avaient été touchés par l’incendie.




