Le gouvernement nigérien a annoncé la nationalisation de la Société des mines de l’Aïr (Somair), une coentreprise d’uranium exploitée jusqu’ici par la société française Orano, marquant une rupture définitive avec l’un de ses plus anciens partenaires miniers.
Dans un communiqué diffusé jeudi 19 juin à la télévision nationale, le gouvernement nigérien évoque la fin du dernier accord minier en décembre 2023, dénonçant le « comportement irresponsable, illégal et injuste » d’Orano, détenue à majorité par l’État français. Le Niger, en conflit avec la France depuis le coup d’État de juillet 2023, justifie la reprise de la mine d’Arlit par l’attitude jugée hostile de Paris.
Somair, jusqu’ici détenue à 63 % par Orano et à 37 % par la société d’État nigérienne Sopamin, représente l’un des piliers de l’exploitation d’uranium dans le pays, ressource stratégique pour l’approvisionnement nucléaire de la France. Le groupe français a multiplié les démarches juridiques pour contester les actions de Niamey.
Cette décision intervient un mois après qu’Orano a engagé un arbitrage international contre le Niger pour l’annulation de sa licence sur le gisement d’Imouraren, tout en déposant plainte localement pour détention arbitraire après l’arrestation de son directeur et des perquisitions à Niamey.
La société, qui a déjà enregistré une perte opérationnelle estimée à plus de 200 millions USD en raison des interruptions de production, pourrait voir ses résultats financiers encore fragilisés par la perte de contrôle de Somair. Selon le Financial Times, Orano envisageait déjà de céder ses parts dans l’entreprise, dans une logique de retrait progressif.
Somair, un actif stratégique
Somair, créée en 1968 et située à Arlit dans le nord du Niger, est détenue à 63 % par Orano et à 37 % par la société d’État nigérienne Sopamin. La société produit environ 2 500 tonnes d’uranium par an, à travers des mines à ciel ouvert et souterraines, ainsi que des usines de traitement sur site. Cette production fait du site un pilier stratégique, à la fois pour l’économie nigérienne et pour l’approvisionnement en uranium de la France, qui utilise ce minerai dans son parc nucléaire civil.
Selon certains observateurs, si la nationalisation vise à renforcer la souveraineté économique du Niger, elle pourrait s’avérer complexe, l’État devant assumer la gestion technique, le financement et l’accès aux marchés internationaux pour écouler l’uranium. Le pays pourrait se tourner toutefois vers des partenaires russes, chnois ou turques. Ce réalignement géopolitique s’inscrit dans une stratégie plus large de de reconfiguration du jeu minier en Afrique de l’Ouest.



