L’ancien Monaco Resources Group, rebaptisé Sonel Investments S.A.M., semble vivre ses derniers soubresauts. Selon les informations de Financial Afrik, United Bank for Africa (UBA) a mandaté des huissiers afin de procéder à la saisie des équipements de la Société des Bauxites de Guinée (SBG), dans le cadre d’une procédure de recouvrement. Si cette initiative bancaire illustre les difficultés immédiates du groupe en Guinée, elle intervient surtout dans un contexte beaucoup plus lourd marqué par la multiplication des procédures judiciaires internationales.
Selon plusieurs sources concordantes, le parquet de Francfort en Allemagne mène désormais des investigations pénales visant les activités de l’ancien groupe Monaco Resources. Cette procédure allemande s’ajoute aux contentieux déjà ouverts en Guinée, où la Société des Bauxites de Guinée (SBG) a perdu son permis d’exploitation minière et fait également l’objet de procédures devant la Cour de Répression des Infractions Économiques et Financières (CRIEF).
Le projet guinéen incarnait pourtant l’une des vitrines du groupe. Attribuée en 2016, la concession de Garafiri portait sur près de 300 millions de tonnes de réserves de bauxite. Les investissements annoncés atteignaient 1,4 milliard de dollars, avec la construction d’une raffinerie d’alumine de 1,6 million de tonnes par an, plusieurs milliers d’emplois et plus de 72 millions de dollars de recettes fiscales annuelles promises à l’État guinéen. Huit ans plus tard, le permis a été retiré et les actifs font désormais l’objet de mesures de recouvrement.
La dégradation ne se limite plus aux seules activités minières. Monaco Resources Group, devenu Sonel Investments S.A.M. en 2023, a depuis été dissous, tout comme la plupart des sociétés composant l’ancien conglomérat. Ne subsisterait aujourd’hui qu’une holding chypriote, Cycorp First Investment, contrôlée par Pascale Younes, épouse d’Axel Fischer, laquelle conserverait notamment certains actifs immobiliers à Londres.
Cette disparition progressive des structures juridiques intervient alors que le groupe traîne un lourd passif financier. Les pertes supportées par les investisseurs sur les marchés obligataires européens auraient été estimées à plus de 650 millions d’euros par un spécialiste financier britannique. Un des véhicules de financement, la société anglaise, MRG Finance UK PLC renommée recement RGM INVEST PLC avait déjà proposé à ses créanciers une restructuration particulièrement sévère de son emprunt obligataire, avec un remboursement anticipé limité à 2 % de la valeur nominale.
Les éléments publiquement disponibles relatifs à l’organisation financière du groupe illustrent l’ampleur et la complexité de sa structure. Mark Nunes, ancien directeur de MRG Finance UK PLC (aux côtés du Français Sébastien Maurin, ancien directeur juridique) et ancien directeur financier du groupe Monaco Resources, revendique avoir supervisé la consolidation financière de plus de 300 sociétés réparties dans plus de quinze juridictions, dirigé les audits internationaux du groupe conformément aux normes IFRS et orchestré des levées de fonds totalisant près de 700 millions d’euros auprès d’investisseurs institutionnels. Cette architecture aujourd’hui largement démantelée nourrit désormais de nombreuses interrogations sur la gouvernance du groupe, la fiabilité de ses comptes consolidés, l’utilisation des financements levés au fil des années ainsi que la pérennité des structures qui subsistent encore, ainsi qu’aux éventuelles complicités ayant permis la mise en place et le maintien d’un tel dispositif.
Dans ce contexte, la saisie engagée par UBA apparaît moins comme un événement isolé que comme un nouvel épisode de l’effondrement progressif d’un groupe qui revendiquait encore récemment plus d’un milliard d’euros de chiffre d’affaires, une présence dans une cinquantaine de pays et plus de 5 500 collaborateurs. Entre procédures pénales en Allemagne, contentieux en Guinée, démantèlement de ses sociétés et créanciers en quête de recouvrement, l’ancien empire Monaco Resources traverse probablement la crise la plus grave de son histoire.



