L’or flirte avec les sommets historiques
–Mercredi 8 octobre 2025. L’or a franchi les 4 000 USD/oz, renforcé par l’incertitude macroéconomique mondiale. Le métal jaune a progressé de 51% en une année et de 135% en trois ans. L’un des facteurs explicatifs de cette tendance est les fortes pressions de Donald Trump sur le gouverneur de la FED sommé de baisser les taux d’intérêt. L’autre facteur est la position acheteuse des banques centrales qui devraient acquérir jusqu’à 80 tonnes d’or cette année et 70 tonnes en 2026. La banque américaine Goldman Sachs anticipe désormais une once d’or à 4 900 dollars d’ici décembre 2026, contre une estimation précédente de 4 300 dollars.
Sénégal : BlackRock monte en silence dans Sabodala
Discrètement, le géant américain BlackRock a porté sa participation dans Endeavour Mining à 13,85 %, consolidant ainsi son influence sur la première mine d’or du Sénégal, Sabodala-Massawa, exploitée par Sabodala Gold Operations (SGO). Endeavour, qui détient 90 % du site (contre 10 % pour l’État sénégalais), a investi 313 milliards CFA en 2024, dont 187 milliards injectés localement.
Cette présence accrue de BlackRock, aux côtés de La Mancha (18,4 %) et Van Eck (8 %), renforce le poids des capitaux étrangers dans l’or sénégalais.
Mauritanie : le géant Kinross et ses pratiques cités dans le rapport de la Cour des Comptes
En Mauritanie, le dernier rapport de la Cour des comptes met en cause la gestion de Tasiast Mauritanie Ltd S.A., filiale du géant canadien Kinross Gold Corporation, pour de graves irrégularités contractuelles, fiscales et environnementales. Cette mine d’or emblématique du pays, présentée comme un moteur de croissance et d’emploi, se retrouve aujourd’hui au centre d’un faisceau d’anomalies qui interrogent sur la gouvernance du secteur extractif mauritanien. Sur le plan fiscal, les auditeurs notent des écarts significatifs entre les volumes produits et déclarés. Les redevances minières, taxes superficielles et contributions diverses versées à l’État seraient inférieures aux montants dus, faute de vérification indépendante. Le rapport déplore un manque total de contre-expertise gouvernementale sur la production réelle et alerte sur le risque de pertes substantielles pour le Trésor public. L’absence de certification externe des chiffres communiqués par Kinross fragilise, selon la Cour, la crédibilité des recettes minières nationales.
Le cuivre s’envole et fait les affaires de la RDC
Le cuivre a franchi la barre des 10 500 dollars la tonne, son plus haut niveau depuis mai 2024, stimulé par les perturbations de l’offre mondiale et les attentes de baisse des taux américains. Cette flambée profite aux pays africains producteurs, notamment la RDC et la Zambie, où les géants Kamoa-Kakula, Tenke Fungurume, First Quantum et Barrick voient leurs marges s’élargir. La Namibie, le Botswana, le Maroc et la Mauritanie cherchent à s’insérer dans cette dynamique par de nouveaux projets d’exploration. Mais les analystes avertissent : sans stratégie de transformation locale ni cadre réglementaire stable, l’Afrique risque de demeurer un simple exportateur de minerai brut, manquant l’occasion de convertir cette ruée vers le cuivre en levier industriel durable.
L’Afrique, première source de nouvelle offre mondiale de lithium
L’Afrique devient la première source de nouvelle offre mondiale de lithium en 2025, selon Benchmark, dépassant à elle seule le reste du monde en volumes additionnels. Le continent devrait produire plus de 60 000 tonnes de lithium cette année, soit près de 10 % de la production mondiale estimée à 600 000 t LCE. Le Zimbabwe, avec plus de 40 000 t, et le Mali, grâce au projet Goulamina (7 millions t de réserves), mènent la dynamique, suivis par la Namibie et le Nigeria. Cette poussée renforce la place stratégique de l’Afrique dans la transition énergétique mondiale, même si le défi reste la transformation locale du minerai. Les interdictions d’exportation de concentrés bruts, adoptées par Harare et Windhoek, visent à capter davantage de valeur ajoutée sur le continent.
Simandou, Guinée : est-ce le bon moment ?
Le projet Simandou refait surface alors que le marché du fer se tasse, autour de 100-110 USD la tonne, loin des sommets de 2021. Pékin maintient sa production d’acier, mais sans croissance, et les marges s’amenuisent. Pourtant, le fer guinéen à haute teneur (65-66 % Fe) pourrait séduire les aciéries « vertes » de demain, avides de minerais moins émissifs. Reste un défi colossal : plus de 15 milliards USD d’infrastructures pour un corridor ferroviaire et portuaire de 600 km, dans un pays politiquement fragile. Entre ambition souveraine et besoin de capitaux, la Guinée joue gros. Trop de contrôle décourage l’investissement ; trop d’ouverture fragilise la rente nationale. Simandou avance donc, entre pari géologique et test de crédibilité économique.
Afrique du Sud : l’État muscle son jeu dans Sibanye Stillwater
Le fonds souverain sud-africain a porté sa participation dans Sibanye Stillwater à plus de 20 %, marquant un tournant stratégique dans la gouvernance du géant minier.
Ce renforcement traduit la volonté de Pretoria de reprendre la main sur ses actifs miniers les plus sensibles. Sibanye, acteur majeur du platine, de l’or et désormais des métaux de la transition énergétique, est au cœur des ambitions industrielles du pays. Dans un contexte de pressions sociales et énergétiques, l’État cherche à consolider des champions nationaux capables de rivaliser sur la scène mondiale. Cette montée au capital, discrète mais déterminante, signale une renaissance du capitalisme d’État sud-africain, plus affirmé et plus stratégique.
Affaires pendantes devant les cours d’arbitrage
Barrick Gold / Mali : En 2025, une cour malienne a ordonné la mise sous administration provisoire de la mine Loulo-Gounkoto suite à un litige fiscal / réglementaire entre l’État et Barrick. Barrick a saisi le CIRDI (ICSID) pour demander des mesures provisoires.
Cassius Mining vs Ghana : Un investisseur australien a formulé une demande de $443 millions contre le gouvernement du Ghana pour non-renouvellement de licence de prospection et pertes de profits alléguées. Ce litige est porté devant un tribunal d’arbitrage international (London Court of International Arbitration).
L’Afrique assignée devant le CIRDI
Selon nos compilations, près d’un quart des affaires enregistrées au CIRDI en 2025 concernent l’Afrique, dont une majorité liées à l’extraction aurifère, à l’uranium ou au lithium. Les gouvernements, poussés par la pression sociale et la raréfaction des recettes, révisent leurs codes miniers pour accroître la part de l’État. Les compagnies, elles, dénoncent des mesures assimilables à des expropriations déguisées, des révisions rétroactives ou des retraits unilatéraux de licences. L’équilibre du risque s’est inversé : là où l’Afrique cherchait jadis à attirer les investisseurs, elle s’emploie désormais à mieux les encadrer. La bataille se joue sur le terrain des traités bilatéraux d’investissement et des clauses de stabilisation, souvent signés à une époque d’asymétrie juridique. Les investisseurs invoquent la protection contre les mesures arbitraires ; les États opposent la souveraineté réglementaire et les obligations environnementales. De plus en plus, les gouvernements ripostent avec des contre-réclamations fondées sur les atteintes à l’environnement ou le non-respect du consentement des communautés locales — signe que le paradigme ESG s’invite jusque dans les prétoires.



