L’Algérie est sur le point de finaliser deux accords majeurs avec les géants américains ExxonMobil et Chevron dans le cadre d’une stratégie ambitieuse visant à exploiter ses immenses réserves de gaz de schiste. Avec 3 419 trillions de pieds cubes en place, dont 707 trillions techniquement récupérables, le pays détient la troisième réserve mondiale derrière la Chine et l’Argentine, soit près de quatre fois ses réserves conventionnelles prouvées. Ce potentiel représente un levier stratégique pour diversifier la production, renforcer les exportations et répondre à la demande croissante des marchés, notamment européens. Selon Bloomberg, les discussions sont à un stade avancé et devraient déboucher sur des signatures officielles dans les prochaines semaines.
En mai 2024, Sonatrach et ExxonMobil avaient signé un protocole d’accord pour explorer et développer les bassins d’Ahnet et de Gourara, deux zones clés du Sud algérien riches en gaz non conventionnel. En janvier 2025, Chevron avait, de son côté, formalisé un accord de coopération avec l’Agence nationale de développement des hydrocarbures (ALNAFT) pour des projets offshore, première étape d’une relation appelée à s’élargir vers l’onshore et le schiste. Les négociations actuelles visent à passer de la phase d’étude à la signature de contrats de développement couvrant des projets pilotes et des investissements lourds.
Face à la concurrence accrue des producteurs mondiaux et à la nécessité de maintenir son rôle stratégique de fournisseur de gaz, Alger s’est fixé pour objectif de porter sa production annuelle de 137 à 200 milliards de m³ à moyen terme. Le gaz de schiste apparaît comme un complément indispensable pour compenser l’essoufflement naturel de certains champs conventionnels et sécuriser les livraisons vers l’Europe, notamment via les gazoducs Transmed et Medgaz.
Depuis la réforme de la loi sur les hydrocarbures en 2020, l’Algérie a renforcé son attractivité auprès des grandes compagnies internationales, qui voient dans le pays une combinaison rare de potentiel géologique considérable, de position géographique stratégique aux portes de l’Europe et d’infrastructures gazières existantes facilitant l’exportation.
Toutefois, l’exploitation du gaz de schiste repose sur la fracturation hydraulique, une technique très consommatrice en eau et controversée pour ses impacts potentiels sur l’environnement : pollution des nappes phréatiques, risques sismiques, gestion des effluents chimiques. En 2015, le projet pilote d’In Salah avait déclenché un vaste mouvement de protestation dans le Sud, illustrant la sensibilité du sujet. Le gouvernement devra donc soigner l’acceptabilité sociale et mettre en place un cadre strict de protection environnementale.
Dans un contexte marqué par les tensions énergétiques mondiales et la recherche d’alternatives au gaz russe, ces accords pourraient renforcer la place de l’Algérie comme fournisseur clé de l’Europe et accroître son poids dans les discussions énergétiques internationales. Si la signature avec Exxon et Chevron se confirme, elle marquera l’entrée du pays dans le club restreint des producteurs de gaz de schiste, avec des retombées économiques potentiellement massives. Mais la réussite de cette stratégie dépendra de la capacité des autorités à équilibrer impératifs économiques, contraintes environnementales et adhésion des populations locales.



