Dans un communiqué de presse rendu public le 8 janvier 2026, le géant anglo-australien Rio Tinto a annoncé la reprise des discussions préliminaires avec Glencore, en vue d’une fusion devant déboucher sur la création, au Cameroun, d’une entité valorisée à plus de 113 000 milliards de FCFA (environ 200 milliards USD). En attendant d’être confirmée au plus tard le 5 février 2026, cette opération marque la volonté de Rio Tinto de revenir au Cameroun, 12 ans après son départ du capital de la Compagnie camerounaise d’aluminium (Alucam).
Ce retour éventuel de Rio Tinto intervient dans un contexte où les actifs pétroliers locaux de cette entreprise anglo-suisse de négoce, courtage et d’extraction de matières premières sont en plein déclin. En effet, selon des données officielles, ses activités pétrolières ont chuté de 31% au cours des neuf premiers mois de 2025 en glissement annuel, s’établissant à 122.000 barils contre 176.000 sur la même période en 2024. Ce qui, selon les observateurs, traduit l’érosion des champs matures et de la dynamique du secteur local.
La reprise des discussions exploratoires entre Rio Tinto et Glencore, prémices de la création du plus grand groupe minier mondial, relance les attentes économiques au Cameroun. Dans ce pays, Glencore a historiquement été un acteur clé dans le secteur des hydrocarbures mais également dans les matières premières.
Ces négociations relancent aussi l’intérêt des marchés après une première tentative en 2024 qui avait été abandonnée faute d’accord sur la valorisation et la gouvernance. Pour le Cameroun, cela pourrait signifier un nouvel élan stratégique. Bien que Rio Tinto ne soit pas actuellement présent directement dans le pays, Glencore y a une longue présence, notamment via ses activités pétrolières. Même si elles sont en baisse.
Corruption : un passif qui hante le Cameroun
La perspective d’une nouvelle entité pétrolière au Cameroun, issue des discussions préliminaires entre Rio Tinto et Glencore, réactive des débats économiques au Cameroun, où Glencore a laissé une empreinte controversée. En effet, son histoire récente dans ce pays est marquée par un scandale de corruption révélateur de failles dans le secteur pétrolier. L’on se souvient qu’en 2022, la multinationale anglo-suisse a reconnu avoir versé des pots-de-vin d’environ 7 milliards de FCFA (environ 12,5 millions USD) à des responsables de la Société nationale des hydrocarbures (SNH) et de la Société nationale de raffinage (Sonara) pour faciliter l’obtention de contrats pétroliers avantageux dans le pays.
Ces aveux s’inscrivaient dans le cadre d’accords de plaidoyer devant des juridictions américaine et britannique pour des actes de corruption transnationale entre 2012 et 2015. Glencore a également fait face à des enquêtes pour manipulation de marchés et corruption en Afrique de l’Ouest, dont des volets impliquant des opérations au Cameroun.
La SNH avait rejeté en bloc l’implication directe de ses dirigeants dans cette affaire. En conséquence, elle a porté plainte au Tribunal criminel spécial (TCS) du Cameroun et sollicité la coopération internationale pour faire la lumière sur les faits allégués. Notamment pour identifier les responsables camerounais des pratiques illicites.
A cause de ce passif, la SNH a gelé ses relations commerciales avec Glencore depuis la révélation de l’affaire. Elle a également suspendu toute opération d’exploration, de production ou de négoce avec le groupe.
La fusion avec Rio Tinto donne alors la perspective de la nécessité d’améliorer la gouvernance, la transparence et l’attrait pour de nouveaux investissements, tout en tirant les leçons des scandales passés.



