« Dans le cadre de l’assainissement du secteur de l’exploitation minière artisanale semi-mécanisée de l’or, 200 sociétés illégales ont été identifiées dans les régions de l’Adamaoua et de l’Est, dont plus de 95% sont des entreprises étrangères », peut-on lire dans un communiqué de presse rendu public par le ministre camerounais des Mines le 13 mai 2026. Si l’on tient au nombre de ces entreprises suspendues, et en tenant compte des 63 millions de FCFA (près de 113.000 USD) que chacune devrait verser dans les caisses de l’Etat au titre de la caution environnementale, ce dernier aurait dû encaisser un total de 12,6 milliards de FCFA (environ 22,5 millions USD).
A l’analyse, l’exploitation minière illégale de l’or a un coût budgétaire désormais quantifiable. Elle ne se limite plus aux dégâts environnementaux visibles. Elle se traduit par des pertes financières massives pour l’État camerounais. Le montant représentant uniquement la caution environnementale n’intègre ni taxes, ni redevances, ni impôts.
Selon L’analyste économiste Sébastian Chi, « C’est une perte sèche pour le budget public. Ces ressources auraient pu financer des écoles, des routes rurales ou des centres de santé ». « L’État perd aujourd’hui et paiera encore demain pour réparer les dégâts », ajoute-t-il.
Sur le terrain, les riverains constatent les effets de cette défaillance. À Kambélé, près de Batouri, les cours d’eau sont fortement dégradés. Les fosses abandonnées se multiplient. « Les sociétés partent sans rien réparer », témoigne Martin Essomba, un agriculteur local. « Nos champs sont détruits et personne ne nous indemnise, déplore-t-il. L’argent de la caution aurait servi à restaurer nos terres. »
De leur côté, les opérateurs miniers camerounais agréés se disent aussi pénalisés. Ils dénoncent « une concurrence déloyale persistante ». Et pointent « un climat d’injustice économique ». « Nous payons toutes les taxes et la caution environnementale », explique un exploitant national basé à Bétaré-Oya. « Pendant ce temps, des sociétés illégales travaillent librement. Cela décourage l’investissement local », regrette notre interlocuteur.
Pour les experts, « la perte réelle dépasse largement les 12,6 milliards de FCFA ». Les redevances minières ne sont pas perçues. Les volumes d’or échappent à toute traçabilité. « L’État subit une double sanction », souligne l’analyste financier Serge Eteki. Pour qui, « le gouvernement camerounais perd des recettes fiscales et hérite des passifs environnementaux. C’est un modèle économiquement insoutenable. »
Dans ce contexte, la récente décision gouvernementale de démanteler les sites illégaux est saluée par tous. Elle marque un début de reprise en main. Mais elle reste insuffisante. Les spécialistes appellent à « une réforme opérationnelle du contrôle minier ». Ils réclament « des sanctions financières effectives ». Et demandent aussi « une formalisation rapide de l’artisanat minier ». Faute de quoi, prédisent-il, « l’or camerounais continuera de nourrir l’informel, et le Trésor public restera le grand perdant ».



