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Cameroun : le ministre des Mines prime une société « illégale » en 2024

Lors de la 4ème édition de la Convention Internationale des Mines et Expositions du Cameroun (CIMEC) qui s’est déroulée à Yaoundé en mai 2024, le ministre des Mines par intérim (ai), Fuh Calistus Gentry, a décerné à la société Solidarité minière du Cameroun (SOMCA) le premier prix de l’innovation dans le secteur minier au Cameroun. Selon…

Le DG de la Sonamines, Serge Hervé Boyogueno (2ème à partir de la gauche), sur un chantier minier à l'Est du Cameroun

Lors de la 4ème édition de la Convention Internationale des Mines et Expositions du Cameroun (CIMEC) qui s’est déroulée à Yaoundé en mai 2024, le ministre des Mines par intérim (ai), Fuh Calistus Gentry, a décerné à la société Solidarité minière du Cameroun (SOMCA) le premier prix de l’innovation dans le secteur minier au Cameroun. Selon le ministre camerounais des Mines, « cette récompense a été décernée à la SOMCA pour la qualité et l’attractivité de son stand, la forte mobilisation sur le site et le respect de ses engagements sociétaux et environnementaux ». 

Sauf que, sur le terrain, tout indique que, « depuis trois ans, nous sommes à l’arrêt », selon celui qui se présente comme le directeur général (DG) de cette société, Guy Vincent Noubossé (mais qui est en réalité le chef du camp), retrouvé sur le site d’exploitation de SOMCA à Kambele, non loin de Batouri, dans la région de l’Est, le 1er juin 2026. C’était lors de la première étape de la mission conjointe comprenant le ministère des Finances (Minfi), représenté par les douanes camerounaises, le ministère des Mines et la Société nationale des Mines (Sonamines), dont le DG, Serge Hervé Boyogueno, est le chef de cette délégation qui, du 1er au 6 juin 2026, va parcourir les régions aurifères de l’Adamaoua et de l’Est pour « collecter l’impôt synthétique minier libératoire (ISML) et le droit de sortie (DS) dus par les opérateurs miniers à l’Etat ». Le responsable de la société minière dont le promoteur est Gustave Kuete est passé aux aveux complets lorsque le DG de la Sonamines lui fait la remarque sur « votre illégalité matérialisée par votre présence sur la liste des 200 entreprises minières déclarées comme telles par le ministre des Mines ».

En effet, en parcourant cette liste, SOMCA est la 107ème au motif qu’elle est « sans autorisation ». En d’autres termes, SOMCA n’aurait pas souscrit au paiement de la caution environnementale de 63 millions de FCFA (environ 112.000 USD) exigée par le Code minier camerounais. En conséquence, comme pour les autres entreprises minières « sans autorisation », le ministre des Mines conditionne l’exercice, ou la reprise, de l’exploitation minière artisanale semi-mécanisée par « le respect des obligations fiscales, notamment en s’acquittant de l’ISML (25%), de la taxe à l’exportation (5%) et des frais relatifs au fonds de développement de la politique minière (1%) ». L’opérateur minier qui voudrait rentrer dans la légalité devrait par ailleurs « respecter le seuil minimal de production fixé à 5 kg/mois ».

Toutes choses que, visiblement, SOMCA n’a pas respectées. Son DG retrouvé sur place indique que « nous n’avons pas d’autorisation d’exploitation minière artisanale semi-mécanisée ». Mais tente de se rattraper en déclarant que « depuis trois ans, nous déposons des demandes dans ce sens sans réponses positives du ministère des Mines ».

Double langage

Pourtant, sur le terrain, tout porte à croire que l’entreprise continue de mener ses activités en toute quiétude. Bien plus, Guy Vincent Noubossé se souvient que « nous avons une autorisation que détient le promoteur en déplacement ». Une déclaration qui tranche avec celle d’une source interne à la SOMCA. « Sur le plan juridique, en tant que société, nous sommes normalement constitués. En tant qu’entreprise minière, nous n’avons pas d’autorisation semi-mécanisée. Par conséquent, nous ne travaillons pas. Nous attendons la suite des dossiers que nous avons introduits et nous subissons l’arrêt. » Notre source indique par ailleurs que « la seule carrière que nous exploitions est celle que le DG de la Sonamines a visitée à Kambélé. Nous avons arrêté nos activités depuis notre suspension ». Pour justifier les activités qui se déroulent sur le site de SOMCA malgré l’absence d’une autorisation, notre interlocuteur est sans équivoque : « Nous sommes des prestataires de services, notamment dans le traitement du gravier. Notre carrière est, de ce fait, envahie. Pour tout dire, nous ne travaillons pas et nous avons délocalisé nos activités. »

« Jeu trouble » ?

Au sujet de l’autorisation évoquée par Guy Vincent Noubosse, il pourrait s’agir d’une correspondance du ministre des Mines (ai) datée du 28 février 2026 dont l’objet porte sur « [Votre] demande d’accompagnement pour une migration en système de lavage en vase clos ». Dans cette correspondance, Fuh Calistus Gentry écrit à deux individus, des privés qu’il interpelle par leurs noms, « sous le couvert du DG de la SOMCA ». Il les informe de ce que « votre entreprise est autorisée à poursuivre l’exploitation au-delà de 30 mètres de profondeur dans les périmètres (objets de deux décisions, ndlr) sous l’encadrement des équipes du ministère des Mines […] et à mettre en place un système de traitement de gravier minéralisé en vase clos, sous l’encadrement d’un expert en la matière ». A l’analyse, c’est sur la base de ce document que la SOMCA prête ses services à d’autres entités.

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