L’homme d’affaires camerounais Baba Ahmadou Danpullo s’apprête à investir environ 500 milliards de FCFA (environ 873 millions USD) pour lancer une compagnie aérienne privée dénommée Danpullo Air Line. Cette somme représente environ 92% de sa fortune évaluée à 547 milliards de FCFA (environ 955 millions USD) par Forbes Afrique. Selon les informations tirées de l’annonce de cet investissement faite à la fin de juin 2026, le promoteur de la compagnie privée Danpullo Air Line va également construire deux aéroports privés à Yaoundé et Douala, les deux principales villes du pays.
Cette annonce intervient dans un contexte marqué par un déficit de connectivité aérienne au sein de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC). A titre d’illustration, la compagnie nationale Camair-Co fait face à des difficultés structurelles. Elles se résument en « une flotte vieillissante et des opérations fragiles ont souvent amené l’État à recourir à des avions loués pour maintenir les liaisons intérieures et internationales ».
Selon son promoteur, le projet Danpullo Air Line se déploiera en deux phases. Dans un premier temps, la nouvelle compagnie vise à connecter quotidiennement les dix régions du Cameroun, offrant une alternative au transport routier, souvent lent et coûteux. Dans un second temps, l’ambition est d’étendre le réseau vers les capitales et grandes villes des cinq autres pays de la CEMAC (Centrafrique, Congo, Gabon, Guinée équatoriale et Tchad) où les dessertes directes restent rares et peu efficaces.
Au-delà de l’exploitation aérienne, ce projet se distingue par son engagement dans l’infrastructure aéroportuaire. Les travaux du site de Yaoundé sont annoncés pour septembre 2026, avec une mise en service commerciale prévue d’ici 2030.
Pour financer cette entreprise gigantesque, un montage associant fonds propres, investisseurs indépendants et appuis de banques américaines et européennes est annoncé. Ce schéma financier vise à répartir les risques tout en conservant une forte part de capitaux privés.
Toutefois, le projet soulève plusieurs interrogations. La mobilisation d’un capital équivalent à la quasi-totalité de son patrimoine personnel expose l’homme d’affaires à un risque financier considérable pour un seul secteur. Par ailleurs, la construction et l’exploitation d’infrastructures aéroportuaires nécessitent des autorisation réglementaires complexes, des procédures d’expropriation et le respect de normes de sécurité strictes. Des observateurs soulignent également la concurrence internationale faite de compagnies telles qu’Air France, Turkish Airlines ou Brussels Airlines. Toutes desservent déjà le Cameroun, et leur expérience pourrait constituer un défi pour l’entrée d’un nouvel acteur.
Pour rappel, Baba Ahmadou Danpullo, 76 ans, est un self-made man issu d’une famille modeste. Ses débuts comme camionneur et petit commerçant ont laissé place à un empire économique diversifié, couvrant l’immobilier, l’agro-industrie, les télécommunications et les transports, qui fait de lui l’une des fortunes les plus importantes d’Afrique francophone.
Si Danpullo Air Line voit le jour, ce serait une rupture majeure dans la structure du transport aérien en Afrique centrale, souvent dominé par des compagnies nationales en perte de vitesse ou dépendantes de capitaux publics. Le projet pourrait jeter les bases d’une nouvelle dynamique d’intégration régionale, conditionnée toutefois à la réalisation d’un calendrier et d’un financement à la hauteur de l’ambition affichée.



