Abbas Jaber, PDG du groupe agro-industriel Advens, devient l’actionnaire privé de référence de Corsair, détenant désormais 40% du capital de la compagnie aérienne française. Cette annonce, faite le 9 septembre 2024 par Corsair, marque un tournant stratégique pour l’entreprise, en quête de renouveau après une période de turbulences financières.
D’origine libanaise et de nationalité française, Abbas Jaber a grandi dans la diaspora libanaise au Sénégal. Dans ce pays, il a déjà acquis et dirigé plusieurs entreprises, dont la Sonacos et diverses sociétés de rail, avec des résultats variés. Son investissement dans Corsair s’élève à 15 millions d’euros, injectés lors d’un nouveau tour de table, a précisé Pascal de Izaguirre, PDG de Corsair.
La venue d’Abbas Jaber marque le retrait de la République du Congo, initialement pressentie pour entrer au capital de la compagnie. Jaber n’est pas un inconnu pour Corsair ; il y a déjà été actionnaire minoritaire et a siégé au conseil de surveillance de 2020 à 2022, une expérience qui, selon Pascal de Izaguirre, reflète une « grande marque de confiance dans l’avenir de la compagnie ».
Le groupe Advens, fondé en 1988 par Abbas Jaber, affiche un chiffre d’affaires de 227 millions d’euros en 2022 et opère dans 15 pays, principalement en Afrique de l’Ouest. Bien qu’il ait démarré dans le négoce du coton, le groupe s’est diversifié au fil des années dans l’agro-industrie, la meunerie, la logistique, l’ingénierie et l’énergie. Aux côtés d’Abbas Jaber, le nouvel actionnariat de Corsair inclut un consortium d’entrepreneurs ultramarins (détenant 52% du capital) et une société d’économie mixte du département de la Guadeloupe (8%).
Cependant, l’entrée en vigueur de cette nouvelle structure de capital est conditionnée à la décision future de la Commission européenne. En effet, Bruxelles a ouvert en février une enquête approfondie sur le plan de restructuration modifié de Corsair, qui cherche à surmonter ses difficultés financières après une période marquée par une forte dette due à la crise du Covid-19. Déjà, en décembre 2020, l’Union européenne avait approuvé un premier plan de restructuration accompagné de mesures de soutien de l’État français, à hauteur de 136,9 millions d’euros. Mais les modifications présentées en décembre 2023 par la France, incluant des ajustements des financements existants et de nouvelles incitations fiscales, sont actuellement sous examen.
Corsair, qui emploie environ un millier de personnes, exploite une flotte de neuf appareils long-courriers reliant principalement l’océan Indien, l’Afrique, les Antilles et l’Amérique du Nord depuis Paris et d’autres métropoles françaises. Avec 1,41 million de passagers transportés en 2023, la compagnie se classe au cinquième rang des compagnies aériennes françaises. Après avoir essuyé des pertes de 37 millions d’euros en 2022-2023, la compagnie espère renouer avec l’équilibre, voire afficher un bénéfice pour l’exercice se terminant le 30 septembre, malgré des résultats estivaux mitigés.
Par ailleurs, Abbas Jaber cherche également à céder sa participation de 30% dans la Société de développement du coton (Sodecoton) au Cameroun, où l’État détient 59% des parts, indiquant une volonté de recentrer ses investissements sur d’autres secteurs stratégiques.



