À la recherche de nouvelles sources de capitaux pour réduire la pression sur ses finances publiques, le gouvernement gabonais s’intéresse au projet de fonds de la diaspora « Made in Gabon ». Présenté par le collectif d’investisseurs du Projet de fonds d’investissement de la diaspora gabonaise (Profidga 360), ce fonds entend mobiliser l’épargne des Gabonais établis à l’étranger. Les capitaux pourraient ensuite financer des projets dans l’économie nationale.
L’initiative intervient dans un contexte budgétaire tendu. Le projet de budget 2027 prévoit 6 223,1 milliards de FCFA (environ 10,9 milliards USD) de ressources et de dépenses. Les besoins de trésorerie et de financement atteindraient 2 931,4 milliards de FCFA (environ 5,1 milliards USD).
La diaspora comme nouvelle source de financement
Le fonds « Made in Gabon » cherche à transformer une épargne extérieure en capital productif domestique. Il pourrait ainsi réduire la dépendance aux financements bancaires et aux marchés internationaux. Le principe rejoint d’autres initiatives africaines visant à canaliser l’épargne de la diaspora vers les économies nationales.
Au Gabon, la Caisse des dépôts et consignations (CDC) développe déjà des instruments dédiés. Son produit Okira 24 cible spécifiquement les Gabonais de la diaspora.
La CDC vise environ 100 milliards de FCFA (près de 175 millions USD) de collecte sur dix ans avec Okira et Okira 24. Ces produits doivent financer notamment des projets structurants dans le logement.
Le projet « Made in Gabon » arrive donc dans un marché de l’épargne diaspora en construction. Il devra toutefois préciser son architecture financière, sa gouvernance et les garanties offertes aux souscripteurs.
Le besoin de diversification est devenu plus pressant. Le Gabon a récemment levé 524 milliards de FCFA (environ 920 millions USD) sur le marché international. Cet eurobond porte un coupon de 9,375 % et une maturité de sept ans. Les autorités destinent notamment les fonds au Plan national de croissance et de développement (PNCD) 2026-2030 et au règlement d’arriérés.
En 2027, Libreville prévoit encore 1 144,1 milliards de FCFA d’emprunts sur le marché financier international. Les charges financières de la dette atteindraient 667,3 milliards de FCFA.
Dans ce contexte, l’épargne de la diaspora peut constituer une source complémentaire. Elle pourrait aussi offrir au Gabon un financement davantage connecté à son tissu économique national.
Mais le fonds ne pourra soulager durablement le Trésor public gabonais que s’il mobilise des montants significatifs. Il devra également démontrer sa capacité à financer des projets rentables.
La confiance, principale condition
La réussite d’un tel mécanisme dépendra surtout de la confiance des souscripteurs. La transparence financière, la gouvernance et la sélection des projets seront déterminantes. Le Gabon dispose déjà d’un cadre plus large pour mobiliser l’épargne de la diaspora : le projet Diaspora et développement (DIASDEV), soutenu par l’Agence française de développement (AFD) et mis en œuvre par Expertise France, accompagne notamment la CDC gabonaise. L’objectif consiste à créer des produits d’épargne sécurisés et à orienter davantage les ressources des diasporas vers des projets à impact économique et social. Pour les autorités gabonaises, l’enjeu dépasse donc la création d’un fonds. Il s’agit de bâtir un canal durable entre l’épargne extérieure et le financement de l’économie.
« Made in Gabon » pourrait ainsi compléter les marchés obligataires et les financements concessionnels. Son efficacité dépendra toutefois de sa capacité à offrir aux investisseurs un couple rendement-risque suffisamment attractif.




