Le groupe australien Woodside Energy (ASX : WDS), principal opérateur du champ pétrolier offshore de Sangomar, a engagé une procédure d’arbitrage international contre la République du Sénégal auprès du Centre international pour le règlement des différends relatifs aux investissements (CIRDI), relevant du groupe de la Banque mondiale. L’information, rendue publique sur le site du CIRDI, mentionne une requête déposée le 30 mai 2025, ciblant le ministère sénégalais du Pétrole et de l’Énergie, sans toutefois fournir davantage de détails sur les griefs invoqués.
Ce recours fait suite à un différend fiscal d’envergure entre l’État sénégalais et Woodside, autour d’une évaluation fiscale estimée à plus de 41 milliards de francs CFA (environ 68,7 millions de dollars), notifiée à la compagnie en juin 2024 par la Direction générale des impôts et domaines (DGID). Woodside, contestant le bien-fondé de cette procédure, avait déjà saisi la justice sénégalaise en août 2024, déposant une plainte devant le Tribunal de grande instance de Dakar. Faute de résolution à l’échelle nationale, le dossier a été porté devant le CIRDI.
Dans une déclaration relayée par Reuters, la compagnie australienne a assuré qu’elle s’était conformée à toutes les obligations réglementaires et qu’aucune taxe ne restait due. « L’entreprise continue de privilégier un dialogue constructif, mais a été contrainte d’engager une procédure internationale », a déclaré un porte-parole à MT Newswires.
Un bras de fer dans un contexte politique tendu
Ce contentieux intervient dans un climat politique nouveau au Sénégal. Le président Bassirou Diomaye Faye, élu en mars 2024, a affiché sa volonté de renégocier les contrats pétroliers et gaziers conclus sous le régime de son prédécesseur, Macky Sall. Woodside, qui détient 82 % des parts dans la coentreprise RSSD (Rufisque Offshore, Sangomar Offshore, Sangomar Deep Offshore), partage l’exploitation de Sangomar avec la Société des Pétroles du Sénégal (Petrosen, 18 %).
Le champ de Sangomar, situé à environ 100 kilomètres au sud de Dakar, représente le premier projet pétrolier en eaux profondes du Sénégal. L’investissement global de la première phase du projet, validé en 2020, s’élève à 5,2 milliards de dollars, en hausse par rapport aux prévisions initiales de 4,1 milliards.
La première production a été officiellement lancée en juin 2025 à partir de l’unité flottante de production, de stockage et de déchargement (FPSO Léopold Sédar Senghor), installée au large du pays.
Une phase 2 à l’horizon dans un climat d’incertitude
Malgré les tensions, Woodside a entamé des discussions préliminaires avec les autorités sénégalaises en vue du développement de la phase 2 du projet Sangomar, laquelle devrait faire l’objet d’un rapport d’évaluation complet entre 2025 et 2026, sur la base de 12 à 24 mois d’exploitation de la phase 1.
Cette deuxième phase pourrait nécessiter un investissement supplémentaire de 2,5 milliards de dollars pour la construction de 33 puits sous-marins, connectés à l’actuelle FPSO.
Parallèlement, le retrait progressif d’autres acteurs internationaux comme BP, qui a récemment cédé la découverte Yakaar-Teranga à Kosmos Energy , son partenaire dans le projet gazier GTA, confère à Woodside un rôle encore plus stratégique dans le développement énergétique du pays.
Enjeux juridiques et stratégiques
L’issue de l’arbitrage au CIRDI pourrait s’avérer décisive, tant sur le plan financier que diplomatique. Elle constitue également un test pour le nouveau pouvoir sénégalais, engagé dans un exercice d’équilibrisme entre souveraineté contractuelle, attractivité des investissements étrangers et pression populaire pour une plus grande transparence dans la gestion des ressources naturelles.
Le différend entre Woodside et Dakar reflète ainsi les tensions croissantes autour de la gouvernance des industries extractives en Afrique, à l’heure où plusieurs gouvernements cherchent à renégocier des accords hérités de périodes moins favorables.


