Le groupement Parainvest-CSE a été officiellement désigné comme adjudicataire de l’Hôtel Savana, en liquidation depuis mars 2023, pour un montant de 10,524 milliards de FCFA. Ainsi en a décidé le Tribunal de commerce hors classe de Dakar, ce 10 octobre 2025, mettant ainsi fin à la bataille judiciaire entourant la reprise du site emblématique de la Corniche Est de Dakar.
Au cœur de cette décision, une dette colossale contractée par la Société Hôtelière du Lido (SHL), gestionnaire de l’Hôtel Savana, dont le passif cumulé s’élève à 5,8 milliards FCFA. La situation de cessation de paiement a été constatée dès juin 2019, déclenchant une procédure de redressement judiciaire, puis de liquidation en 2023.
Le syndic de la liquidation, Mamour Fall, avait alors lancé un appel d’offres visant à trouver un repreneur capable de solder les dettes, préserver l’emploi et relancer l’activité. C’est dans ce contexte que Parainvest, en consortium avec la Compagnie Sahélienne d’Entreprise (CSE), a formulé l’offre la plus compétitive.
Critiques et soupçons
Si l’adjudication à 10,5 milliards FCFA permet de couvrir le passif, plusieurs observateurs jugent le montant nettement inférieur à la valeur réelle du terrain, estimée à 36 milliards FCFA. Le Premier ministre Ousmane Sonko, par exemple, en visite à l’Anse Bernard en fin juin 2024, a dénoncé ce qu’il appelle « une arnaque foncière » et confirmé que le prix du m² dans cette zone est de l’ordre de 2 à 2,5 millions FCFA, ce qui rend le prix offert très en deçà de la valeur estimée. La parcelle de 15 hectares, située en bordure de mer, constitue un des derniers fonciers stratégiques du centre de Dakar.
Des voix s’élèvent également pour dénoncer de possibles conflits d’intérêts au sein de la procédure. Le syndic, Mamour Fall, est soupçonné de proximité avec certains membres du consortium gagnant, via son cabinet Garecgo, également lié à plusieurs sociétés impliquées dans la reprise.
Craintes des écologistes et urbanistes
Sur le plan social, le repreneur s’est engagé à régulariser la situation de tous les anciens salariés licenciés ou retraités, et à maintenir les employés actuels. Une promesse saluée par le collège des délégués du personnel.
Mais l’avenir urbanistique du site reste flou. Le bail emphytéotique de 50 ans interdit toute modification de la destination hôtelière ou surdensification des constructions. Des organisations écologistes et urbanistes comme SOS Littoral, Action pour la Justice Environnementale, ou encore le Centre de Suivi Écologique – impliqué dans des études, rapports, et plateformes sur l’adaptation des zones côtières à l’élévation du niveau de la mer, ou sur la gestion intégrée des zones côtières – craignent une « bétonisation » du littoral qui serait « incompatible avec les engagements environnementaux du Sénégal ».


