Face aux tensions géopolitiques au Moyen-Orient et aux perturbations persistantes autour du détroit d’Ormuz, le secteur privé rwandais accélère sa réflexion sur la diversification de ses sources d’approvisionnement en produits pétroliers. Bien que le pays ne dépende pas directement de ce corridor maritime stratégique, par lequel transite environ 20% du carburant mondial, l’instabilité de la zone affecte l’ensemble des chaînes d’approvisionnement internationales. En Afrique de l’Est, près de 40% du carburant importé provient de l’Inde, dont une part significative transite par Ormuz.
Dans ce contexte, la Fédération du secteur privé du Rwanda (PSF) envisage de nouvelles options, notamment en Afrique de l’Ouest. Il est question de réduire la dépendance aux itinéraires exposés aux risques géopolitiques et renforcer la sécurité énergétique du pays.
Les discussions portent principalement sur le Nigeria, devenu un acteur clé du raffinage africain grâce à la raffinerie Dangote. Cette infrastructure géante, dotée d’une capacité d’au moins 650.000 barils par jour, est aujourd’hui la plus grande d’Afrique. En effet, environ 62% du carburant consommé au Nigeria est désormais raffiné localement. La raffinerie exporte déjà vers plusieurs pays africains, dont le Ghana, le Cameroun, le Togo et la Tanzanie.
Selon François Twagirumukiza, président de la PSF, les opérateurs rwandais explorent activement des itinéraires alternatifs. Il souligne que certains marchés, jusqu’ici écartés pour des raisons de coûts et de logistique, deviennent stratégiques dans le contexte actuel.
Vers une coopération avec Dangote
Du côté des importateurs, l’intérêt est également manifeste. Le Dr Joseph Akumuntu, responsable de l’Association rwandaise des importateurs de produits pétroliers (ASSIMPER), évoque « des retards récurrents liés aux perturbations maritimes internationales ».
Il estime qu’« une coopération avec le groupe Dangote pourrait offrir des perspectives nouvelles, tant pour le secteur privé que pour les autorités publiques ». L’enjeu serait d’explorer des modèles innovants de logistique, de tarification et de sécurisation des flux.
Toutefois, tous les acteurs ne partagent pas le même optimisme. Claudien Habimana, directeur général de SP Rwanda, appelle à la prudence. Selon lui, « un approvisionnement depuis le Nigeria impliquerait des itinéraires longs et coûteux, passant par plusieurs régions du continent ». Ces contraintes logistiques rendent l’option ouest-africaine plus complexe que les circuits traditionnels via des ports d’Afrique de l’Est, historiquement privilégiés par Kigali.
Un débat stratégique à l’échelle continentale
Ces réflexions interviennent alors que Kigali accueillera en mai 2026 l’Africa CEO Forum, grand rendez-vous des décideurs économiques africains. Le fondateur du groupe Dangote y est attendu, offrant une tribune idéale pour approfondir les discussions.
Pour le Rwanda, l’équation est désormais stratégique. Il faut sécuriser durablement l’approvisionnement en carburant. Mais aussi identifier des alternatives économiquement viables, dans un environnement énergétique mondial de plus en plus incertain.



