La Libye entend repositionner son secteur pétrolier en misant sur le raffinage, maillon longtemps négligé de sa chaîne de valeur énergétique. Début janvier 2026, la Compagnie nationale de pétrole (National Oil Corporation, NOC) a dévoilé un plan stratégique visant à porter la capacité nationale de raffinage à 660 000 barils par jour (bpj), contre une capacité théorique actuelle de 380 000 bpj, dont moins de la moitié est effectivement exploitée.
Présentée par le président de la NOC, Masoud Suleiman, cette feuille de route vise à répondre à un paradoxe structurel : malgré les plus importantes réserves pétrolières d’Afrique, la Libye demeure fortement dépendante des importations de carburants, lourdement subventionnées et coûteuses pour les finances publiques. La production réelle de raffinage plafonne aujourd’hui autour de 180 000 bpj, en raison notamment de l’arrêt prolongé de la raffinerie stratégique de Ras Lanuf depuis 2013 et de la vétusté généralisée des installations.
Le plan de la NOC repose sur plusieurs leviers complémentaires : modernisation technologique des raffineries existantes, augmentation progressive de leurs capacités, construction d’une nouvelle raffinerie, et relance du projet de raffinerie du Sud. L’objectif affiché est clair : réduire structurellement les importations de produits raffinés, sécuriser l’approvisionnement du marché local et améliorer la rentabilité globale du secteur pétrolier.
Au-delà des enjeux énergétiques, cette stratégie s’inscrit dans une vision macroéconomique plus large. Selon la NOC, le développement du raffinage constitue un pilier central de la relance économique, susceptible de renforcer la souveraineté énergétique, de stabiliser les dépenses publiques liées aux subventions et de créer des opportunités d’investissement à forte intensité capitalistique. Les projections avancées évoquent une autosuffisance en essence à l’horizon 2037, en gaz domestique dès 2033, et en diesel en 2034.
Ces ambitions interviennent toutefois dans un environnement contraint, marqué par l’instabilité politique, des besoins élevés en financement, et un déficit d’expertise technique. Pour les acteurs internationaux — compagnies pétrolières, institutions financières, banques de développement et investisseurs industriels — le programme libyen ouvre néanmoins un champ d’opportunités stratégiques, à condition d’un cadre de gouvernance sécurisé et de partenariats structurants.
En misant sur le raffinage, la Libye cherche ainsi à transformer son avantage géologique en levier de développement durable, tout en adressant l’une des faiblesses historiques de son modèle pétrolier. Un pari industriel majeur, aux implications économiques régionales et internationales.



