Au Gabon, la pression exercée par les conflits entre la faune sauvage et l’agro-industrie atteint un seuil critique. A Makouké, localité du Moyen-Ogooué située près de Lambaréné, la filiale locale d’Olam Palm envisage désormais une fermeture partielle, voire totale, de son site de production de palmier à huile. En cause, les incursions répétées d’éléphants dans les plantations industrielles. Selon l’entreprise singapourienne de négoce et de courtage de denrées alimentaires, « près de 5.000 hectares de palmeraies ont été détruits par les pachydermes, compromettant la rentabilité du site et forçant une réduction significative des activités ».
Cette situation fait peser une lourde menace économique et sociale sur Makouké. Une part importante de la population locale dépend directement ou indirectement des opérations d’Olam Palm Gabon, filiale du groupe singapourien, spécialisée dans l’huile de palme.
La contraction des activités s’est déjà traduite par des pertes d’emplois et un ralentissement visible de l’économie locale. Pour une ville à forte vocation agricole, l’impact est immédiat et profond.
L’inquiétude est relayée par les responsables politiques. Sur les ondes de Radio France Internationale (RFI), le député de la localité, Rolf Mavitsi Nziengui, a tiré la sonnette d’alarme : « Il y a vraiment du chômage. Dans la zone, je vous assure, je ne sais pas comment le décrire, mais c’est alarmant. » Il appelle à l’ouverture du dialogue avec l’entreprise afin d’éviter une disparition totale de ses activités à Makouké. Selon l’élu, « des marges de manœuvre existent encore pour éviter une fermeture définitive ». Il plaide « pour des discussions urgentes entre l’État, les communautés locales et l’opérateur agro-industriel ».
L’on apprend de sources officielles qu’Olam Palm Gabon a également perdu environ 10.000 hectares de palmeraies dans la province de la Ngounié, au sud du pays, du fait des éléphants. Face à l’ampleur des pertes, l’entreprise a commencé à déployer des clôtures électriques autour de certaines plantations. Ces investissements visent à limiter les intrusions animales, sans pour autant offrir une solution durable à grande échelle.
En mission sur le terrain, le ministre gabonais de l’Agriculture, Pacôme Kossy, a reconnu « la gravité de la situation ». Il appelle toutefois à « une réponse équilibrée, conciliant protection des cultures et préservation de l’éléphant, espèce strictement protégée au Gabon ».
Pour le gouvernement, la forte croissance de la population d’éléphants, favorisée par les politiques de conservation, intensifie désormais les conflits avec les activités humaines, agricoles comme industrielles. Alors que les autorités consultent scientifiques et experts sectoriels, l’avenir du site de Makouké reste incertain. Pour les populations locales, une fermeture d’Olam Palm Gabon serait un choc majeur pour l’emploi et la stabilité économique régionale.



