Pour sa notation 2025 dont la validité couvre la période novembre 2025-octobre 2026, GCR ratings (GCR) a rehaussé la note d’émetteur de long terme de SUCRIVOIRE, spécialisée dans la production et la commercialisation de sucre en Côte d’Ivoire, qui passe de BB(WU) à BB+(WU) sur son échelle régionale, ont annoncé les dirigeants de cette agence de notation basée à Dakar.
La perspective attachée à cette note demeure stable. En outre, GCR a maintenu la note d’émetteur de court terme à B(WU).
« Le rehaussement de la notation de long terme de SUCRIVOIRE repose sur une amélioration significative de la performance opérationnelle de la société sucrière lui ayant permis en 2024 de renouer avec la rentabilité après plusieurs années successives de pertes », a souligné l’équipe de notation. Selon elle, la société bénéficie d’une croissance notable de ses revenus (+28% en 2024) et d’une expansion substantielle de ses marges, soutenues par l’augmentation de la production et la revalorisation des prix du sucre. Cette performance a permis une amélioration sensible des métriques de crédit.
« Ces facteurs positifs sont cependant contraints par un profil de liquidité qui demeure sous pression et une flexibilité financière modeste », souligne GCR qui note qu’en 2024, SUCRIVOIRE a enregistré un redressement opérationnel marqué, soutenu par une hausse de la production de canne et une meilleure efficacité industrielle. Le volume de canne broyée a progressé de 9% pour atteindre 1,04 million de tonnes, tandis que la production de sucre a augmenté de 19% à 88 694 tonnes, traduisant une amélioration des rendements et des performances de l’usine. Les investissements dans la replantation, l’irrigation et la modernisation des équipements ont renforcé la productivité et réduit les arrêts techniques. Ces avancées, combinées à une revalorisation par le Gouvernement ivoirien des prix plafonnés du sucre (+7% en moyenne en 2024), ont permis une hausse de 28% du chiffre d’affaires à 87,2 milliards FCFA et une amélioration significative de la rentabilité opérationnelle, l’EBITDA bondissant de 178% à 20,3 milliards FCFA et le résultat d’exploitation redevenant positif après deux exercices déficitaires. « Dans ce contexte, avance GCR, la marge d’EBITDA enregistre une évolution notable de 10,7% à 23% et la marge nette, négative depuis 2021, revient en territoire positif à 3% en 2024 (2023 : -15,2% ; 2022 : -12,8% ; 2021 : -10,5%). »
GCR anticipe, au cours des 12 à 18 prochains mois, une poursuite favorable du plan de restructuration qui devrait permettre d’accroitre la production, améliorer la productivité et réduire les importations de sucre par la société.
Selon toujours l’équipe de notation, la flexibilité financière de SUCRIVOIRE s’est significativement renforcée en 2024, mais demeure encore perfectible en raison d’un niveau de dette nette élevé. La combinaison d’une croissance de l’EBITDA et d’une baisse des dettes financières de 16% a conduit à une forte amélioration des métriques de crédit. Cette dynamique a conduit à une amélioration notable du levier financier, avec un ratio Dette nette/EBITDA se repliant à environ 2,1x contre 6,2x en 2023. Parallèlement, la couverture des intérêts (EBITDA/Frais financiers) s’est renforcée, passant de 1,6x en 2023 à 4,4x en 2024 à 4,4x contre 1,6x un an plus tôt, reflet d’une performance opérationnelle robuste alors que les charges financières sont demeurées stables à 4,6 milliards FCFA. Malgré ces performances, GCR considère toutefois que la dette nette demeure élevée et que sa couverture par les cash-flows générées restera contrainte au cours des 12 à 18 prochains mois par le programme d’investissements en cours et l’emprunt obligataire de 36 milliards FCFA émis au premier semestre 2025.
« La liquidité de SUCRIVOIRE demeure sous pression, principalement en raison du poids des investissements récents et des obligations de remboursement de dettes », note GCR. L’agence de notation estime par ailleurs qu’au cours des trois dernières années, le ratio de couverture des engagements par les ressources à court terme est resté inférieur à 100 %. Ce qui limite la flexibilité financière de l’entreprise.
SUCRIVOIRE demeure un acteur clé sur le marché ivoirien du sucre, un secteur caractérisé par une croissance soutenue, un cadre réglementaire protecteur et une concentration élevée avec seulement deux principaux opérateurs. Selon GCR, la société bénéficie d’une forte notoriété et d’une marque bien établie. Ce qui lui confère un avantage concurrentiel notable. SUCRIVOIRE dispose de capacités de production diversifiées et en expansion, notamment à Borotou et Zuenoula, lui permettant de répondre à la demande nationale croissante et de réduire les besoins d’importations supplémentaires. « L’amélioration continue des capacités industrielles constitue un levier stratégique pour sécuriser l’approvisionnement et maintenir la compétitivité face aux fluctuations du marché », note encore GCR pour qui, SUCRIVOIRE, majoritairement détenue par le groupe SIFCA (Société Immobilière et Financière de la Côte d’Ivoire), bénéficie d’une vision industrielle de long terme, permettant à sa direction de se concentrer sur les défis structurels malgré la volatilité à court terme. Selon toujours GCR, la stratégie ESG (Environnement, Social, Gouvernance) du groupe, axée sur la responsabilité sociale et environnementale, continue de guider les initiatives et la gouvernance de SUCRIVOIRE, contribuant à renforcer sa réputation et à sa position sur le marché. « La notation de SUCRIVOIRE intègre le soutien opérationnel et financier de son actionnaire de référence qui a renoncé à réclamer le remboursement de ses créances jusqu’en décembre 2024 et a promis un soutien financier en cas de difficultés de trésorerie », a laissé entendre l’équipe de GCR.
L’agence de notation justifie la perspective stable par la combinaison de sa solide position concurrentielle sur le marché ivoirien du sucre et de la reprise robuste de sa performance opérationnelle. Selon elle, la récente revalorisation des prix du sucre renforce les marges et contribue à l’amélioration des résultats opérationnels, tandis que les investissements en cours visent à accroître la production et la productivité. Par ailleurs, la levée de fonds récente devrait permettre à l’entreprise de poursuivre son programme d’investissement et de soutenir sa croissance. « Cette combinaison de facteurs opérationnels, financiers et stratégiques devrait permettre à SUCRIVOIRE de maintenir sa résilience face aux contraintes de liquidité et aux besoins d’investissement » a encore souligné GCR.
De l’avis de l’agence, un rehaussement de la notation de SUCRIVOIRE serait la conséquence d’un certain nombre de facteurs. Elle met en relief un renforcement de ses marges portées par une hausse structurelle des revenus en raison de volumes de production et de vente importants, une baisse significative de la part de sucre importé dans le volume des ventes à même de réduire les pertes liées à la commercialisation du sucre importé, une tendance au désendettement se traduisant par un taux de couverture de ses dettes par l’EBITDA en dessous de 2x et un taux de couverture des intérêts au-delà de 5x ou une amélioration de la couverture de ses besoins de liquidité par les sources de liquidité dont dispose le société pendant un an.
Selon toujours GCR, un abaissement de la notation de SUCRIVOIRE serait la conséquence d’une baisse des marges en raison de l’incapacité de l’exploitation à être profitable et/ou des pressions exercées par des charges financières élevées, d’une hausse non soutenable du niveau des dettes entrainant une dégradation supplémentaire du taux de couverture de ses dettes et des intérêts d’emprunt par l’EBITDA, d’une baisse de ses liquidités de nature à dégrader davantage la couverture des besoins de liquidité par les sources de liquidité ou d’une absence de croissance significative des volumes de production en accord avec plans-cadres signés avec les autorités, qui pourrait remettre en cause la protection de marché, et donc abaisser son positionnement concurrentiel.



