TotalEnergies fait l’objet d’une plainte pénale déposée en France par le Centre européen pour les droits constitutionnels et humains (ECCHR), l’accusant de « complicité de crimes de guerre, de torture et de disparitions forcées » dans le cadre du projet Mozambique LNG, à Cabo Delgado, au nord du Mozambique. Cette démarche s’inscrit dans le contexte d’un conflit prolongé dans la province, marqué par des attaques d’Al-Shebab et des violations des droits humains présumées par les forces armées locales.
Selon la plainte déposée auprès du Parquet national antiterroriste (PNAT), la multinationale française aurait financé et soutenu matériellement la Force opérationnelle conjointe, créée en 2020 pour protéger les installations du projet. Entre juillet et septembre 2021, cette unité aurait arbitrairement détenu des civils dans des conteneurs métalliques à l’entrée des sites, exposant certains d’entre eux à la torture, à des disparitions forcées et à des exécutions, après qu’ils avaient fui les attaques terroristes contre Palma. L’ECCHR affirme que TotalEnergies était consciente de ces violations et a continué à soutenir les forces armées pour sécuriser ses opérations.
Cette plainte intervient alors que la Commission nationale des droits de l’homme du Mozambique (CNDH) a ouvert une enquête sur les violations présumées commises par l’armée dans la province, et que TotalEnergies a déclaré coopérer pleinement avec les autorités mozambicaines. La levée de la situation de « force majeure » en octobre 2024, suspendant temporairement le projet gaziérier de 20 milliards de dollars, a permis la reprise des travaux sur la péninsule d’Afungi.
Pour les acteurs politiques, financiers et investisseurs internationaux, cette affaire soulève des enjeux majeurs de responsabilité sociale et de conformité aux normes internationales dans le secteur pétrolier et gazier. Elle illustre la complexité d’opérer dans des zones à risque élevé, où sécurité, droits humains et continuité des projets industriels se confrontent. Le dossier met en lumière l’importance de mécanismes de gouvernance rigoureux, de diligence renforcée et de transparence pour les entreprises multinationales évoluant dans des contextes fragiles.
L’affaire TotalEnergies à Cabo Delgado pourrait servir de précédent pour les futures enquêtes sur la responsabilité des acteurs industriels dans des zones de conflit, et souligne l’interdépendance croissante entre investissement énergétique et respect des droits fondamentaux dans les projets extractifs internationaux.


