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Marché secondaire UMOA : le retour en force des investisseurs sur la dette souveraine régionale

Le marché secondaire des titres publics de l’UEMOA affiche une dynamique impressionnante en 2026. Selon les données d’UMOA-Titres couvrant la semaine du 11 au 15 mai 2026, le volume global échangé atteint près de 160 milliards de FCFA sur la seule semaine, tandis que les transactions cumulées depuis le début de l’année dépassent désormais 3…

Le marché secondaire des titres publics de l’UEMOA affiche une dynamique impressionnante en 2026. Selon les données d’UMOA-Titres couvrant la semaine du 11 au 15 mai 2026, le volume global échangé atteint près de 160 milliards de FCFA sur la seule semaine, tandis que les transactions cumulées depuis le début de l’année dépassent désormais 3 377 milliards de FCFA, soit une progression spectaculaire de 101 % en glissement annuel. 

Cette accélération confirme plusieurs tendances lourdes du marché régional : la montée en puissance du marché secondaire, le retour de la liquidité sur certaines signatures souveraines et l’intérêt croissant des investisseurs institutionnels pour les titres publics de l’Union.

Le marché demeure largement dominé par les obligations assimilables du Trésor (OAT), notamment celles émises par la Côte d’Ivoire, le Sénégal, le Burkina Faso, le Togo et la Guinée-Bissau. Les titres ivoiriens ont particulièrement concentré les flux durant la semaine observée. Les OAT CI 2027 et 2029 figurent parmi les instruments les plus échangés, avec plusieurs opérations dépassant les 10 milliards de FCFA. 

Cette forte activité sur les signatures ivoiriennes traduit la profondeur croissante du marché autour du principal émetteur de l’Union. La Côte d’Ivoire bénéficie d’un effet de taille, d’une meilleure liquidité et d’une perception de risque relativement maîtrisée par les investisseurs régionaux. Les rendements observés sur certaines maturités ivoiriennes oscillent entre 4 % et 6,6 %, des niveaux qui traduisent une normalisation progressive des conditions de financement après les tensions de 2023-2024. 

Le Sénégal reste également très actif, notamment sur les BAT à court terme et les OAT longues. Les transactions sur les BAT sénégalais à trois et sept mois montrent que les investisseurs continuent de privilégier des instruments liquides et de courte duration dans un contexte encore marqué par des incertitudes budgétaires et monétaires. 

L’autre enseignement majeur réside dans le niveau toujours élevé des rendements sur certaines signatures. Les obligations burkinabè et bissau-guinéennes affichent encore des rendements compris entre 7 % et 7,6 %, reflétant des primes de risque plus importantes. Cette différenciation croissante entre États traduit une forme de hiérarchisation du risque souverain au sein même de l’Union monétaire, phénomène relativement nouveau dans un espace historiquement marqué par une perception plus homogène des signatures.

La montée du marché secondaire constitue toutefois une évolution structurelle positive. Pendant longtemps, les investisseurs conservaient les titres jusqu’à maturité, limitant fortement la liquidité. Désormais, les échanges deviennent plus fréquents, les prix plus visibles et les rendements plus transparents. Avec 1 466 transactions recensées depuis janvier et 89 participants actifs, le marché gagne progressivement en profondeur. 

Cette évolution s’explique notamment par la professionnalisation croissante des investisseurs institutionnels régionaux — banques, compagnies d’assurance, fonds de pension et sociétés de gestion — qui arbitrent davantage leurs portefeuilles en fonction des anticipations de taux et des besoins de liquidité.

Le développement du marché secondaire devient également stratégique pour les États de l’UEMOA. Dans un contexte de resserrement de l’accès aux eurobonds et de coût élevé du financement international, la capacité à mobiliser durablement l’épargne régionale devient un enjeu central de souveraineté financière. Un marché secondaire liquide permet de rassurer les investisseurs, d’améliorer la formation des prix et, à terme, de réduire les coûts de financement primaire.

Cette montée en puissance intervient alors que les besoins de refinancement des États restent considérables en 2026. Les déficits budgétaires, les investissements d’infrastructures et les remboursements de dette continuent d’alimenter un recours massif au marché régional. Le marché secondaire apparaît ainsi comme l’un des maillons essentiels de la future architecture financière ouest-africaine.

Reste désormais à franchir une nouvelle étape : élargir la base d’investisseurs, renforcer la présence des investisseurs internationaux, améliorer les mécanismes de market-making et développer des outils plus sophistiqués de gestion du risque de taux. Car si le marché régional gagne clairement en maturité, il demeure encore dominé par quelques signatures souveraines et par des investisseurs essentiellement bancaires.

Les chiffres publiés par UMOA-Titres montrent néanmoins qu’un cap psychologique a été franchi : la dette publique régionale commence progressivement à devenir une véritable classe d’actifs négociable, liquide et structurante pour les marchés financiers africains

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