De notre Envoyé spécial à Luanda, Daniel DJAGOUE
Avec 18 milliards de dollars d’engagements et une nouvelle architecture financière, le continent pose les bases d’une autonomie stratégique dans le financement de ses projets d’intégration.
18 milliards pour une nouvelle ère
Clôturé ce 30 octobre à Luanda, le IIIᵉ Sommet sur le financement du développement des infrastructures en Afrique a marqué un tournant décisif dans la quête de souveraineté économique du continent. En trois jours d’échanges, les dirigeants africains et les investisseurs institutionnels ont mobilisé 18 milliards de dollars d’engagements, scellant la volonté d’une Afrique qui finance désormais ses propres priorités.
Coorganisé par l’Union africaine (UA), l’AUDA-NEPAD et le gouvernement angolais sous le thème « Capital, corridors, commerce : investir dans les infrastructures pour la ZLECAf et la prospérité partagée », le sommet a réuni plus de 2 000 participants. Selon la Déclaration de Luanda, ces 18 milliards seront alloués à 38 projets bancables et 11 projets du PIDA, le Programme de développement des infrastructures en Afrique. Parmi eux, 25 milliards concernent les corridors logistiques et de transport, 15 milliards l’énergie, 2,7 milliards la sécurité hydrique, et 1,2 milliard le numérique.
Pour Nardos Bekele-Thomas, directrice générale de l’AUDA-NEPAD, ce sommet « corrige un déséquilibre historique ». « Trop longtemps, notre immense puissance financière – nos fonds souverains, nos pensions, notre épargne institutionnelle – est restée passive dans l’histoire de notre développement. Ce chapitre se referme désormais. »
Des réformes pour transformer le capital africain
Le sommet de Luanda a surtout consacré un changement structurel. Les États se sont engagés à transformer les promesses politiques en cadres institutionnels concrets capables d’attirer les capitaux africains. La Déclaration appelle ainsi à mobiliser l’épargne domestique – via les fonds de pension, la sécurité sociale et les fonds souverains – conformément à l’Agenda 5 %, qui encourage les investisseurs africains à consacrer 5 % de leurs actifs aux infrastructures du continent.
Cette orientation s’est matérialisée par la signature de trois partenariats stratégiques :
– Avec l’Alliance des institutions financières multilatérales africaines (AAMFI), pour la création d’une Facilité de financement des infrastructures de l’Union africaine, dotée d’un objectif initial de 1,5 milliard USD, dont 100 millions pour la préparation de projets.
– Avec l’Association africaine de la sécurité sociale (ASSA), pour étudier la faisabilité d’un Fonds africain de développement des infrastructures (IDFA), soutenu par les caisses de retraite et de pension.
– Avec CATA Energy, consortium privé d’énergie renouvelable, pour lancer le Fonds PPP de transition énergétique verte, un instrument de financement mixte destiné à accélérer le déploiement du solaire, de l’éolien et des réseaux intelligents.
Pour Mme Bekele-Thomas, ces outils représentent « la première génération d’instruments financiers africains conçus par et pour les Africains ».
De la volonté politique à la livraison
La question de la “bancabilité” des projets est restée au centre des débats. Les dirigeants africains ont reconnu qu’un déficit de projets prêts à financer freine encore la transformation du continent. Pour y remédier, ils se sont engagés à réformer les cadres réglementaires et à accélérer la préparation technique des projets. « Nous égalerons la rigueur du capital privé par la clarté réglementaire et la préparation à grande échelle », a promis Mme Bekele-Thomas.
L’AUDA-NEPAD a par ailleurs annoncé la création d’un comité de suivi PIDA et la relance de l’Initiative présidentielle des champions des infrastructures, destinée à lever les obstacles aux projets transfrontaliers. Une stratégie de capital unifié sera soumise à l’approbation des chefs d’État lors du prochain sommet de l’Union africaine en février 2026.
Une Afrique confiante et mobilisée
Pour Lerato Mataboge, commissaire de l’UA chargée des infrastructures et de l’énergie, « Luanda a montré l’esprit d’unité et de détermination du continent ». « Nous quittons Luanda non seulement inspirés, mais mobilisés. Chaque engagement doit devenir un corridor, chaque vision un projet viable. »
Au-delà des chiffres, le Sommet de Luanda 2025 restera comme le moment où l’Afrique a décidé de s’autofinancer, en plaçant la confiance, la gouvernance et la préparation de projets au cœur de sa nouvelle stratégie d’intégration. Un message fort à la veille du Forum africain de l’investissement prévu en décembre à Marrakech, où plusieurs des projets validés à Luanda seront présentés aux bailleurs et investisseurs privés.



