La Banque africaine de développement (BAD) a officiellement saisi le Tribunal de Commerce de Dakar contre la Compagnie d’Électricité du Sénégal (CES), opérateur de la centrale de Sendou située à 32 km environ de Dakar. Cette procédure judiciaire, annoncée plus tôt cette année 2025, cristallise un différend financier de grande ampleur pour le secteur énergétique sénégalais : une créance contestée de plus de 30 097 260 742 FCFA, soit environ 45,8 millions d’euros.
L’origine du litige remonte au concordat de redressement judiciaire homologué le 28 février 2022, destiné à restructurer les dettes de la CES et à relancer durablement le projet Sendou. La BAD reproche au promoteur d’avoir modifié unilatéralement certaines clauses essentielles, principalement le taux d’intérêt appliqué à sa créance, sans obtenir son accord préalable.
Pour la banque panafricaine basée à Abidjan (Côte d’Ivoire), ces ajustements compromettent l’équilibre du plan de redressement et portent atteinte à la viabilité financière de l’entreprise.
Malgré plusieurs tentatives de médiation (courriers d’observations dès 2022, réunions techniques à Paris en 2024, mises en demeure successives) le désaccord persiste. C’est dans ce contexte que la BAD a décidé de porter l’affaire devant la justice.
Une créance contestée par certains actionnaires
La créance de 30,097 milliards de FCFA est au cœur des tensions. Certains actionnaires (comme la Nordic Power Ab, actionnaire majoritaire via Sendou Nordic Power Limited) remettent en cause une partie de cette dette qu’ils qualifient de « non fondée » ou issue de prêts attribués à d’autres entités du projet. Cette contestation, si elle était étayée, pourrait remettre en cause la structure même du passif de la CES. Pour la BAD, en revanche, « la créance est légitime, contractuelle et doit être intégralement prise en compte dans l’exécution du concordat », selon un des conseillers de la banque.
Des implications majeures pour le secteur énergétique
L’affaire dépasse largement le cadre d’un conflit entre créancier et débiteur.
Le projet Sendou, initialement une centrale charbon de 125 MW en voie de conversion au gaz, constitue l’un des piliers du mix énergétique national. Toute instabilité financière liée à son exploitation ravive les inquiétudes sur la performance du secteur électrique sénégalais, déjà confronté à des coûts de production élevés et à de fortes attentes en matière de transition énergétique.
D’après certains analystes, une décision défavorable pour la CES pourrait fragiliser davantage sa situation financière et compliquer la mobilisation de nouveaux bailleurs. À l’inverse, un rejet des prétentions de la BAD poserait des questions sur la gestion de la dette, la gouvernance des PPP, et les mécanismes de contrôle des investissements stratégiques.
Un verdict très attendu
Le Tribunal de Commerce de Dakar devra trancher sur la validité du concordat, la légitimité de la créance et la conformité des modifications contractuelles dénoncées. Au-delà du cas CES-BAD, l’issue du procès pourrait servir de référence pour les projets énergétiques structurants du pays et, plus largement, pour la crédibilité des partenariats public-privé en Afrique de l’Ouest.
A noter qu’au moment où ces lignes sont écrites, la date officielle du procès n’est pas encore fixée selon les informations obtenues auprès du Greffe du Tribunal de commerce de Dakar.


