Le système d’achat du cacao ghanéen traverse une zone de fortes turbulences. Le Producer Buying Company (PBC), bras opérationnel de COCOBOD chargé d’acheter les fèves aux producteurs, serait aujourd’hui incapable de payer des milliers d’agriculteurs après l’accumulation de dettes estimées à 673 millions de cédis ghanéens (GHS), soit environ 60 millions de dollars.
Selon Reuters, l’entreprise publique doit déjà plus de 24 millions GHS (2,1 millions USD) à des planteurs pour plus de 9 000 sacs de cacao livrés, tandis qu’un consortium bancaire aurait obtenu une décision de justice autorisant la saisie d’actifs afin de recouvrer près de 257 millions GHS (23 millions USD) de créances.
La crise frappe au cœur d’un secteur stratégique pour l’économie ghanéenne. Des milliers de petits producteurs n’auraient pas été payés depuis novembre 2025, dans un contexte de baisse des cours mondiaux du cacao, de ralentissement de la demande des chocolatiers et d’essoufflement du modèle de financement du secteur.
Le paradoxe est saisissant : en mars dernier, COCOBOD annonçait pourtant le décaissement de 3,62 milliards GHS (322 millions USD) en faveur des sociétés agréées d’achat afin d’apurer les arriérés dus aux producteurs. Mais sur le terrain, plusieurs acheteurs et agriculteurs affirment n’avoir toujours reçu aucun paiement effectif.
Autre signal inquiétant : PBC, autrefois dominant avec près de 30 % du marché domestique du cacao, ne représenterait désormais plus que moins de 5 % des achats nationaux.
Cette crise intervient alors que le Ghana, deuxième producteur mondial de cacao derrière la Côte d’Ivoire, tente de réformer en profondeur son secteur cacao. L’endettement croissant de COCOBOD, les tensions de trésorerie et la contrebande transfrontalière fragilisent un modèle historiquement centralisé qui garantissait jusqu’ici un prix administré aux producteurs.



