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Coton : le Mali leader de la production, le Bénin champion de la transformation

La campagne 2024-2025 confirme le retour du Mali sur la première marche du podium africain, avec une production estimée à 656 751 tonnes de coton-graine, selon la Compagnie malienne pour le développement du textile (CMDT). Ce niveau, obtenu malgré une pluviométrie irrégulière et la hausse du coût des intrants, illustre la solidité d’un modèle d’encadrement…

La campagne 2024-2025 confirme le retour du Mali sur la première marche du podium africain, avec une production estimée à 656 751 tonnes de coton-graine, selon la Compagnie malienne pour le développement du textile (CMDT). Ce niveau, obtenu malgré une pluviométrie irrégulière et la hausse du coût des intrants, illustre la solidité d’un modèle d’encadrement paysan consolidé depuis plusieurs décennies. Le pays représente désormais près de 28 % de la production régionale, et ambitionne d’atteindre 700 000 tonnes en 2026.

Le Bénin, longtemps champion incontesté, suit de très près avec 637 697 tonnes récoltées sur la même campagne, contre un record de 728 000 tonnes l’année précédente. Son rendement moyen de 1,4 tonne par hectare demeure le plus élevé de la sous-région, grâce à une mécanisation accrue et à la diffusion de semences améliorées. Le coton béninois représente environ 15 % du PIB agricole national et reste le principal produit d’exportation du pays.

Le Burkina Faso, troisième acteur, enregistre un repli marqué avec 404 000 tonnes en 2024-2025, loin des 700 000 tonnes produites il y a dix ans. Les contraintes sécuritaires, la baisse des rendements et le coût logistique des intrants expliquent cette contre-performance. La SOFITEX, principal opérateur du pays, tente toutefois de redresser la barre en lançant un plan d’intensification de la production pour la campagne 2025-2026.


Transformation : le Bénin creuse l’écart industriel

Produire ne suffit plus. La transformation locale, de la fibre au vêtement, constitue désormais le nouveau champ de bataille du coton ouest-africain.

Le Bénin s’impose dans ce domaine grâce à la Zone industrielle de Glo-Djigbé (GDIZ), vitrine d’une stratégie d’industrialisation accélérée. Développée en partenariat avec le groupe Arise IIP, cette zone concentre des unités de filature, tricotage, teinture et confection, capables de transformer 40 000 tonnes de fibre par an, avec un objectif de 100 000 tonnes à l’horizon 2027.
Les premières exportations de t-shirts « Made in Benin » vers les États-Unis ont été réalisées en 2024 dans le cadre de l’AGOA. L’objectif gouvernemental est de porter la part du coton transformé localement de moins de 5 % aujourd’hui à 20 % d’ici 2030.

Au Mali, la transformation demeure limitée. La CMDT exploite un réseau d’usines d’égrenage d’une capacité de 650 000 tonnes, permettant de valoriser la fibre mais sans réelle intégration textile. Les unités de tissage et de confection, comme COMATEX-SA, ne traitent qu’environ 2 % de la production nationale. Les freins identifiés concernent le coût élevé de l’énergie, le manque de capitaux et l’éloignement des ports maritimes.

Le Burkina Faso, enfin, conserve une position modeste : 1 % seulement de la fibre est transformée localement. Le gouvernement espère relancer la filière avec la construction à Sourgou d’un complexe industriel de 165 milliards FCFA, incluant une filature et une usine de teinture, avec l’appui d’investisseurs turcs et chinois. Le pays mise sur la réputation historique de sa fibre, reconnue pour sa finesse.


Financement : un nerf de guerre stratégique

Le financement conditionne la survie et l’expansion de la filière. Dans la région, la majorité des crédits agricoles provient des banques commerciales locales, souvent à court terme et à taux élevés. Les banques de développement ne représentent qu’environ 5 % du volume total de crédit agricole.

Au Mali, la BNDA (Banque nationale de développement agricole) et plusieurs établissements privés financent les intrants et les campagnes de commercialisation, la CMDT jouant un rôle d’intermédiaire et de garant. Les besoins liés à l’investissement industriel demeurent toutefois sous-couverts, faute de ressources longues.

Le Bénin a pris une longueur d’avance avec la création du Fonds national de développement agricole (FNDA) et un plan d’investissement de 87,17 milliards FCFA dédié à la transformation textile. Des institutions comme la Banque africaine de développement (BAD) soutiennent les études de faisabilité et les programmes de renforcement du secteur privé industriel.

Au Burkina Faso, le projet PACBA (Projet d’appui à la création d’une banque d’agrobusiness), appuyé par la BAD, vise à élargir l’accès au crédit agricole. La SOFITEX bénéficie, par ailleurs, d’avances de campagne garanties par un pool bancaire local réunissant notamment CBI, Ecobank et Bank of Africa.

À l’échelle régionale, le Partenariat C4+ (Mali, Bénin, Burkina Faso et Tchad) ambitionne de mobiliser 5 milliards USD d’investissements d’ici 2035 pour soutenir la filière coton-textile, incluant les infrastructures, la recherche agronomique, les équipements industriels et la formation technique.

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