En Côte d’ivoire, des initiatives voient le jour pour lutter contre la désertification. Zoom sur le cas de la Société agro-piscicole de la Mé (SAP) d’Adzopé, basée à l’intérieur du pays.
Les productions agricoles mondiales sont de plus en plus menacées par la désertification ces dernières décennies. Une des raisons qui suscitent chez les producteurs de culture maraîchère et de rentes un basculement vers d’autres type de culture, efficace, rentable pour leur production et salutaire pour la nature.
En Côte d’Ivoire, dans la zone de l’est et du centre, les producteurs de café-cacao et ceux des maraîchers se tournent vers une technique innovante. Celle de l’usage du composte, un engrais biologique, composé de résidus de la basse-cour, de feuilles mortes, de déchets organiques.
Toutefois, « il existe un type de compostage qui peut durer un mois, si les éléments sont bien hachés et avec un système de retournement. Certains peuvent durer six mois, s’ils sont ensemencés dans un trou. Tout dépend des déchets biodégradables utilisés », soutient le père Barnabé Bakary, directeur de la Société agro-piscicole de la Mé (SAP) d’Adzopé.
Dans sa soutane de prêtre, il s’intéresse aussi aux questions agricoles et environnementales. Du petit séminaire de Katiola, ville située au centre du pays, au lycée catholique de Dabou via l’université catholique d’Afrique de l’ouest d’Abidjan (UCAO) où l’homme a obtenu un DEUG en philosophie, le père Barnabé Bakary a en effet poursuivi ses études en France, notamment à l’école supérieure d’agronomie de Purpan, à Toulouse.

Sur le terrain, la Société agro-piscicole de la Mé (SAP) qu’il dirige est en train de répandre son modèle agricole, lequel attire de nombreux ingénieurs agronome en apprentissage. Sur ce site de plus de 700 ha, les acteurs ont réussi à reboiser une centaine d’ha de forêt en plus des reliques et conservation.
« A côté de cela, on a 120 ha de plantation d’hévéa, 10 de plantation de Palmier à huile, 3 ha de cacaoyer, 1 ha de café, qui ont été fait plus pour tester l’agro-foresterie… On creuse de grands étendus d’eau, des grands barrages artificiels. Pendant la saison des pluies, toute l’eau qui tombe est recueillie dans ces barrages et gérée après par strates pour pouvoir produire du poisson. Il y a 5% de l’eau qu’on utilise qui vient du trop plein d’une rivière. Avec ce fonctionnement, on arrive à produire 7 à 8 tonnes de poissons », dit-il. Si cette méthode permet d’éviter l’usage de certains cours d’eaux pollués à cause de l’orpaillage clandestin qui utilise des produits non contrôlés (Mercure), elle a restauré la nappe phréatique, car les populations de la Mé ne vont plus jusqu’à 50m de profondeur pour chercher l’eau. Elles peuvent l’avoir à environ 30m.
Restaurer 1,5 milliard de terre d’ici 2030
Au sortir de la conférence de presse de clôture de la 10e session extraordinaire de la Conférence ministérielle africaine sur l’environnement (Amcen), Jacques Konan Assahoré, ministre de l’Environnement, du Développement durable et de la Transition écologique, a souligné la nécessité de se tourner vers l’engrais biodégradable pour permettre au sol d’être toujours fertile et résilient face à la dégradation. Rappelant que la Côte d’Ivoire s’inscrit également dans l’objectif de restauration de 1,5 milliard de terre d’ici 2030.
Selon la Convention des nations unies pour la lutte contre le changement climatique (CNULCD), les sécheresses sont de plus en plus fréquentes et ont augmenté de 29% depuis 2000. D’où un engagement collectif à la restauration des terres, car « chaque dollar investi dans la restauration des terres peut générer jusqu’à 30 dollars de bénéfices économiques », dit-on.
Les terres sont menacées doublement soit par le changement climatique soit par l’érosion de la biodiversité, selon Yeo Nanpari Elisé, le représentant du ministre de l’Environnement, du Développement durable et de la Transition Écologique. « C’est ensemble que les défis environnementaux peuvent être relevés. Et que les participants puissent s’approprier les problématiques liés à la désertification », dira-t-il, lors de l’ouverture d’un séminaire de formation des journalistes africains francophones, les 2-5 septembre 2024 à Abidjan sur le thème : « les préoccupations majeures liées à la dégradation des terres, à la désertification et à la sécheresse, ainsi que le rôle des médias dans ce contexte et les stratégies spécifiques pour mieux traiter ces sujets».



