Le début d’année consacre un basculement net dans la hiérarchie des marchés actions africains. La Ghana Stock Exchange (GSE) s’installe en tête du classement continental avec une performance de +78 % en dollars et +72 % en euros, selon les données d’African Markets retraçant les performances entre le 1er janvier et le 13 mars 2026. Une progression remarquable, à lire toutefois avec la grille d’analyse adéquate : exprimés en devises fortes, ces rendements intègrent en partie la dépréciation du cedi, ce qui en module la portée en termes réels pour l’investisseur international.
La séquence ghanéenne s’inscrit dans un environnement de normalisation progressive. Le pays, engagé dans un programme avec le FMI après une restructuration de dette ayant fortement dégradé la valorisation des actifs domestiques, bénéficie d’un réajustement des anticipations. La compression des primes de risque et le retour sélectif des flux de portefeuille expliquent en grande partie le re-rating observé sur la cote d’Accra.
À distance, la Dar es Salaam Stock Exchange (DSE) affiche +43,86 % en dollars et +36,5 % en euros, confirmant une dynamique robuste malgré un contexte politique domestique tendu. Le Nigeria complète le trio de tête avec +27,5 % en dollars et +34,5 % en euros, porté par la profondeur de son marché et des arbitrages sectoriels favorables dans un environnement de réformes monétaires.
Le reste du classement dessine un peloton intermédiaire contrasté. Le Zimbabwe enregistre +29,21 % en dollars et +31,82 % en euros, suivi par l’Ouganda (+18,91 % ; +21,09 %) et la Zambie (+18,6 % ; +21,32 %). La BRVM, baromètre régional de l’UEMOA, évolue sur une trajectoire plus contenue avec +16,63 % en dollars et +19,66 % en euros, illustrant un profil de marché moins volatil, mais également moins sujet aux revalorisations abruptes.
Plus en retrait, le Kenya (+12,99 % ; +15,17 %) et la Tunisie (+12,81 % ; +15,51 %) maintiennent des progressions modérées. Le Rwanda (+3,65 % ; +6,09 %) et l’Égypte (+2,19 % ; +3,72 %) ferment la marche des marchés en territoire positif.
La seconde partie du classement bascule en zone négative. La Namibie (-1,42 % ; -1,08 %), l’Afrique du Sud (-2,52 % ; -0,04 %) et le Botswana (-3,07 % ; +0,01 %) traduisent un essoufflement relatif des marchés les plus matures du continent. Le Malawi (-3,9 % ; -1,61 %) et Maurice (-5,38 % ; -3,02 %) prolongent cette tendance, tandis que le Maroc ferme la marche avec -13,43 % en dollars et -11,31 % en euros, illustrant un cycle de correction après plusieurs séquences de valorisation soutenue.
La lecture en monnaie locale apporte un éclairage plus fin. Elle permet d’isoler la performance intrinsèque des marchés de l’effet de change, souvent déterminant dans les économies africaines. À ce prisme, les écarts se resserrent et certaines surperformances en devises fortes apparaissent davantage comme le produit d’un ajustement monétaire que d’un pur effet actions.
Au total, ce classement rappelle une constante de l’allocation africaine : la performance boursière ne se dissocie ni du risque souverain, ni de la trajectoire des devises. Accra en offre aujourd’hui l’illustration la plus spectaculaire ; Casablanca, en creux, en marque la limite.



