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Finance africaine — depuis 2013

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Rencontre avec Christian Agossa, directeur général de CRRH-UEMOA

«En 2012, quand nous avons commencé, pour un marché comme la Côte d’Ivoire, le taux de prêt à l’habitat était de 12 % à 14 % pour des durées relativement courtes de 5 à 7 ans. Aujourd’hui, la durée moyenne des prêts à l’habitat est de 15, voire 20 ans», déclare Christian Agossa, directeur général…

«En 2012, quand nous avons commencé, pour un marché comme la Côte d’Ivoire, le taux de prêt à l’habitat était de 12 % à 14 % pour des durées relativement courtes de 5 à 7 ans. Aujourd’hui, la durée moyenne des prêts à l’habitat est de 15, voire 20 ans», déclare Christian Agossa, directeur général de la Caisse Régionale de Refinancement Hypothécaire (CRRH-UEMOA). Entretien. A la tête de l’institution depuis sa création, Christian Agossa.

Pouvez-vous présenter la CRRH à travers sa genèse et son rôle dans le marché fnancier régional ?

La CRRH-UEMOA est née de la coopération entre la Banque Centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO), la Banque Ouest Africaine de Développement (BOAD) et le Conseil Régional de l’Epargne Publique et des Marchés Financiers (CREPMF) pour la mise en place d’un marché hypothécaire dans les pays de l’UEMOA. Elle a été officiellement créée le 16 juillet 2010, à Cotonou, par 29 banques commerciales de l’Union avec la BOAD, lors d’une
Assemblée Générale Constitutive, et avec un capital de 3 426 millions FCFA.
Son siège est situé à Lomé (TOGO) dans l’enceinte de la BOAD. Sa mission est d’offrir aux banques commerciales de l’UEMOA qui en sont actionnaires, des ressources longues pour le
refinancement des prêts hypothécaires consentis à leurs clients, en mobilisant ces ressources sur le marché financier de l’Union ou auprès des partenaires au développement. De façon simplifiée, la CRRH-UEMOA mobilise, à travers ses différents emprunts obligataires ou directement auprès de partenaires au développement, des ressources longues à taux compétitifs qu’elle met à la disposition de ses banques commerciales actionnaires pour le refinancement des prêts aux logements faits à leurs clients. C’est une facilité de liquidités longues qui a permis à ses banques actionnaires de bénéficier, à date, de 145 milliards de FCFA de ressources à 10 ans et 12 ans, dont 132 milliards de ressources d’emprunts obligataires ; et ceci, en moins de six ans d’activité.

Cette croissance significative illustre aussi la contribution que le marché financier peut apporter au financement de la demande sociale et le rôle que nous jouons sur ce marché.
La CRRH-UEMOA est aujourd’hui le troisième emprunteur de ce marché derrière la Côte d’Ivoire et le Sénégal et contribue à y mobiliser l’épargne longue pour le financement des
investissements. C’est de cela que nos économies ont besoin, et la CRRH-UEMOA y réussit en raison de la qualité de son actionnariat, de sa gouvernance et de sa gestion.
Notre actionnariat au 31 décembre 2017 est composé de 04 institutionnels: la BOAD, première institution de financement du développement de l’UEMOA; la BIDC, principale
institution de financement du développement de la CEDEAO; SHELTER AFRIQUE, institution
continentale dédiée à la promotion du fnancement de l’habitat et de l’immobilier en Afrique ; la Société ,Financière Internationale, une institution du groupe de la Banque Mondiale dédiée au fnancement du secteur privé, et 54 banques commerciales actives de l’UEMOA.
Notre capital social est aujourd’hui de 9,1 Milliards de FCFA avec des fonds propres effectifs de 28,6 Milliards FCFA.

La CRRH-UEMOA est dirigée par un Conseil d’Administration de 11 membres présidé par Monsieur Paul DERREUMAUX, et qui donne les grandes orientations. Il se réunit régulièrement et a tenu sa dernière session le 22 mars dernier à Dakar au Sénégal. La Direction Générale, est assurée par votre serviteur depuis la création de la Caisse en 2010, et j’anime une équipe d’une quinzaine de personnes.

Quel est l’apport de la CRRH dans le fnancement de l’habitat et la structuration des prêts hypothécaires ?

La CRRH-UEMOA a permis aux banques de baisser les taux des crédits immobiliers. Ils sont compris aujourd’hui entre 8 et 9 %. En 2012, quand nous avons commencé, pour un marché comme le marché ivoirien, le taux de prêt à l’habitat était de 12 % à 14 % pour des durées relativement courtes de 5 à 7 ans. Aujourd’hui, la durée moyenne des prêts à l’habitat est de 15 ans dans l’Union, voire 20 ans.
Cet effet conjugué de la baisse des taux et de l’allongement de la durée des prêts allège les mensualités de remboursement des emprunts contractés et permet de solvabiliser une
part croissante de la demande d’accès à la propriété immobilière auprès de banques qui offrent davantage le prêt à l’habitat avec l’assurance d’un accès au refinancement auprès de la CRRH-UEMOA.
Il faut ajouter que depuis l’année 2017, la CRRH-UEMOA offre aussi un refinancement de prêts à habitat social pour promouvoir le logement abordable dans l’Union ; c’est-à-dire des logements de 15 millions FCFA au maximum, terrain compris. Pour ces prêts, les
banques ne peuvent dépasser des taux débiteurs de 6 % et 6,5 % sur des durées
de 10 ans à 15 ans, sachant qu’elles ont accès à un concours de 4 % à 4,5%.
En pratique, nous rendons l’accès au fnancement de l’habitat un peu plus aisé pour toutes les catégories sociales, avec un allongement des maturités et une baisse des taux, mais aussi un intérêt particulier et croissant pour les populations à revenus modestes.

Quel bilan faites-vous de vos actions à ce jour?

S’il faut se fer aux chiffres et aux performances réalisées, à l’appréciation du marché et de nos actionnaires, on peut considérer ce bilan comme satisfaisant.

En 2012, nous n’avions qu’un modèle et des ambitions à proposer. Presque six ans plus tard, nous avons testé 7 fois ce modèle sur le marché avec des résultats probants au point de parler d’une institutionnalisation de la CRRH-UEMOA, et pour des montants non négligeables.

Depuis 2017, ce volet de refinancement sur ressources de marché est soutenu par un refinancement concessionnel que l’accord signé avec la Banque Mondiale le 13 octobre dernier à Washington renforce avec le soutien de la BOAD.
En pratique, le modèle conçu et promu pour des banques de l’Union en 2010 démontre qu’il peut fonctionner correctement et peut même être élargi à d’autres acteurs financiers pour mieux servir les populations à revenus modestes. Il faut ajouter que ces résultats sont obtenus en préservant l’équilibre de l’exploitation et la qualité de la signature de l’institution. La CRRH-UEMOA jouit depuis 2015 d’une notation qui en fait l’institution émettrice la mieux notée sur le marché financier et bancaire de l’Union avec les notes AA assorties de perspective stable sur le long terme et A1+ et de perspective positive sur le
court terme.

Enfin, en 2018, la CRRH-UEMOA est aussi l’histoire d’une construction institutionnelle réussie puisque depuis 2016, elle est devenue totalement; c’est-à-dire qu’elle a cessé de bénéficier des subventions que lui octroyaient certains partenaires comme la BOAD, son sponsor, et l’Agence Française de Développement qui l’a également soutenu dès le début. Elle supporte donc entièrement toutes ses charges d’exploitation aujourd’hui avec d’ailleurs d’excellents résultats en 2017, 1 348 MFCFA.

Je crois que nous pouvons nous accorder sur ce bilan positif tout en reconnaissant et en remerciant les institutions de l’Union pour leurs concours, nos investisseurs, et toutes les personnes morales et physiques qui nous font confiance depuis 2012. Cela dit, il nous faut rester très modestes parce que ces résultats demeurent insignifiants par rapport aux besoins de nos populations, et c’est cela qui nous motive.

Courant février 2017, le tour de table de la CRRH a évolué avec l’arrivée de la SFI. Concrètement, quel est l’apport quantitatif et qualitatif de ce partenaire ?

Concrètement, la SFI qui, est une fliale de la Banque Mondiale dédiée au secteur privé, est entrée au capital de la CRRH-UEMOA pour un montant de 1250 MFCFA. Ce qui fait d’elle,
aujourd’hui, le deuxième actionnaire institutionnel de la CRRH-UEMOA, derrière la BOAD. Cette prise de participation a fait l’objet d’une cérémonie de signature avec le VicePrésident de la SFI, à Lomé, le 9 février 2017. Mais je dois vous dire que les négociations ont démarré bien des années plus tôt.
Cette entrée dans le capital de la CRRH-UMEOA est clairement une consécration pour le travail effectué et les performances du modèle de la CRRH-UEMOA et sa gouvernance.
C’est un soutien fort de nos ambitions en matière de financement de l’habitat, et nous comptons aussi sur elle pour mobiliser davantage de ressources pour le refinancement de nos banques actionnaires au moment où les Etats de l’Union engagent presque tous des
politiques volontaristes de promotion de l’habitat.

Quels sont vos projets à venir ? 

Dans l’immédiat et au titre de l’année 2018, il s’agit pour nous de réunir nos efforts pour mieux faire ce que nous faisons dans une conjoncture de plus en plus difficile sur le marché financier régional. Toute l’équipe de la CRRH-UEMOA s’attèle donc à notre huitième émission obligataire qui est en préparation et pour les prochaines semaines. Le second projet de la CRRH-UEMOA, et il est majeur, porte sur la bonne exécution du projet de promotion du logement abordable dans l’UEMOA que nous avons engagé avec la Banque Mondiale. Les exigences de sa réussite sont nombreuses et nous devons les réunir cette année afn de pouvoir engager les décaissements les plus importants en 2019.

C’est un projet de 155 millions de dollars américains (environ 85 Milliards de FCFA) pour promouvoir le fnancement de l’habitat social dans l’Union Economique et Monétaire Ouest Africaine, particulièrement en faveur des populations à revenus modestes. Ce projet vise à remédier à la pénurie chronique de logements dans l’UEMOA, en élargissant l’accès au
financement du logement à long terme aux ménages à revenus modestes et irréguliers. On estime aujourd’hui que 800 000 nouveaux logements au moins seraient nécessaires chaque année pour remédier à la pénurie de logements dans l‘Union. Or, les banques de l’UEMOA n’octroient qu’environ 15 000 nouveaux prêts hypothécaires par an, ce qui représente une infime fraction des besoins.
Il mobilisera donc nos énergies en 2018.

Propos recueillis
par Daniel Djagoué

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