À quelques jours du sommet extraordinaire des chefs d’État de la CEMAC prévu le 22 janvier 2026 à Brazzaville, les investisseurs renforcent leur vigilance face à la détérioration des équilibres macrofinanciers en Afrique centrale. La combinaison d’importantes échéances de dette extérieure et de la baisse progressive des réserves de change alimente un regain de prudence sur les marchés souverains de la sous-région.
Selon plusieurs sources financières régionales, les remboursements attendus dès le premier trimestre 2026 auprès du Fonds monétaire international (FMI) et de créanciers commerciaux pourraient exercer une pression significative sur les réserves de la Banque des États de l’Afrique centrale (BEAC). Cette dynamique accroît le risque de liquidité en devises et limite les marges de manœuvre budgétaires des États.
Le Cameroun apparaît en première ligne. Le ministre des Finances, Louis Paul Motaze, a indiqué que près de 250 milliards FCFA de dette extérieure devront être remboursés dès janvier 2026. Cette contrainte pourrait accentuer les arbitrages budgétaires au détriment des investissements publics et renforcer le recours aux émissions de titres publics sur un marché régional déjà tendu.
Pour les investisseurs, la situation rappelle la crise de 2016, lorsque l’effondrement des cours pétroliers avait provoqué une forte dégradation des réserves et un élargissement marqué des spreads sur les eurobonds et les titres domestiques, parfois de plusieurs centaines de points de base. La stabilisation n’avait été obtenue qu’à partir de 2017, grâce aux programmes d’ajustement soutenus par le FMI et au redressement progressif des réserves de la BEAC.
En 2026, la nature du choc diffère mais les mécanismes de marché restent comparables. La pression provient désormais de la concentration des échéances de dette extérieure et d’une dépendance accrue aux financements domestiques. Trois risques dominent : la tension sur la liquidité en devises, le risque de refinancement avec une possible hausse des rendements souverains, et un risque systémique susceptible d’affecter la crédibilité du franc CFA et les notations.
Le sommet de Brazzaville est perçu comme un test de crédibilité pour les autorités régionales. Des annonces fortes sur la discipline budgétaire, la coordination des stratégies d’endettement et l’accès à des financements concessionnels pourraient contenir la volatilité. À défaut, les investisseurs pourraient anticiper un nouvel élargissement durable des spreads en Afrique centrale.



