A l’Est du Cameroun, l’exploitation minière artisanale et semi-mécanisée a fait disparaitre 2.025 hectares (ha) de terres agricoles entre 2010 et 2024. Ce qui représente 44% de la superficie totale occupée par ces activités. L’information a été rendue publique par l’organisation environnementale Forêt et Développement Rural (FODER) via deux rapports d’études réalisées sur la base de données collectées entre 2010 et 2024, sur l’exploitation minière artisanale dans le département de la Kadey, notamment à Batouri, Kette et Kentzou, et ses conséquences sur l’environnement, la santé et la sécurité des travailleurs sur les sites.
Dans le détail, ces rapports révèlent que « la superficie dédiée à l’exploitation aurifère est passée d’à peine 82,48 ha en 2010 à 4.639,69 ha en 2024, soit une augmentation de 5.490% en 14 ans ». FODER indique que « l’arrondissement de Batouri est le plus touché par cette progression, voyant ses zones d’exploitation bondir de 79 ha à 3.247 ha au cours de la période sous revue ». Par ailleurs, peut-on lire dans les documents publiés par cette organisation de la société civile, « cette expansion s’est faite au détriment du couvert végétal, avec 2.614,4 ha détruits, principalement en raison d’une exploitation anarchique, et des terres agricoles, dont 2.025,6 ha ont été convertis en sites miniers ».
Insécurité alimentaire
Selon Hermine Tanga, cartographe à FODER, qui présentait les conclusions de ces rapports lors d’un atelier consacré à Batouri les 15 et 16 avril 2025, « cette conversion massive des terres agricoles en zones minières est principalement attribuée à l’introduction des engins lourds sur les sites d’exploitation dès 2015 ». A l’analyse, indique FODER, « ce passage à une exploitation semi-mécanisée a amplifié l’emprise spatiale des activités extractives, entraînant des conséquences directes et préoccupantes sur la disponibilité alimentaire locale ». Les populations locales révèlent alors que « la réduction significative des terres arables a contribué à l’inflation des prix des denrées et à l’aggravation de l’insécurité alimentaire dans la région de l’Est ». Ainsi, selon les données de l’Institut national de la statistique (INS), « à fin septembre 2023, le taux d’inflation dans cette partie du pays a atteint 10,2% ».
Les études réalisées par FODER donnent la sonnette d’alarme : « En l’absence de mesures correctives urgentes, la superficie exploitée pourrait atteindre des seuils critiques d’ici 2040, avec 7.500 hectares anticipés à Batouri et 3 000 hectares à Kette ». Ce qui devrait davantage aggraver les risques d’insécurité alimentaire dans cette partie du pays.
Dangers et risques pour les mineurs
Les pertes foncières et les dommages environnementaux ne sont pas seuls maux que révèlent les études de FODER. Elles évoquent également « les dangers et risques auxquels sont confrontés les artisans miniers dans cette partie du pays ». Et pour cause, peut-on lire dans ses rapports, « les sites d’exploitation ne sont pas réhabilités et sont parsemés de trous béants constituant un danger mortel de noyade, d’éboulements et de glissements de terrain ». Conséquence, souligne l’organisation, « les riverains sont exposés à des produits chimiques dangereux comme le mercure et le cyanure, à l’origine de maladies respiratoires, des brûlures et des intoxications ». Plus grave, révèlent ces études, « le broyage du minerai génère des poussières de silice et des niveaux de bruit élevés, responsables de la silicose et de déficiences auditives. Entre 2014 et 2022, 205 décès ont été recensés dans les sites miniers artisanaux de l’Est et de l’Adamaoua, principalement dus à des glissements de terrain et des éboulements ».
90% de l’or produit dans l’informel
Ces catastrophes géologiques interviennent alors que le commerce illégal de l’or est florissant dans ces zones. En effet, selon plusieurs études, « près de 90% de l’or extrait par ces méthodes échappe aux circuits officiels ». A titre d’illustration, un récent rapport de l’Initiative pour la transparence dans les industries extractives (ITIE), « seulement 47.879 grammes d’or ont été exportés formellement en 2022, représentant à peine 8% des quantités déclarées après prélèvement de l’impôt synthétique minier libératoire (ISML) ».



