Dans une interview sur l’Office national de Radio-télévision (CRTV), la télévision publique camerounaise, le directeur de la Trésorerie au ministère des Finances (MINFI), Samuel Tela, a émis « l’hypothèse de rachat à terme l’eurobond de 415 milliards de FCFA (environ 750 millions USD) levé fin janvier 2026, qui arrivera à échéance en 2033, si les conditions du marché deviennent plus favorables ».
Cette option envoie un signal positif aux marchés financiers internationaux. L’eurobond, d’une maturité de sept ans, affiche un rendement proche de 7,8% en euros. Il a été émis dans un contexte de conditions financières encore restrictives pour les souverains africains. L’hypothèse d’un rachat anticipé n’implique pas une décision immédiate. Elle dépendra d’une détente durable des taux et d’un resserrement des spreads sur les marchés internationaux.
Pour les investisseurs, cette annonce traduit une volonté claire de gestion active de la dette publique. Elle suggère que l’État anticipe déjà des opportunités d’optimisation de son coût de financement.
Cette posture rappelle le précédent de 2021, lorsque le Cameroun avait racheté par anticipation une partie de son eurobond 2015. A l’époque, le gouvernement avait profité d’une liquidité accrue sur les marchés post-Covid pour rembourser par anticipation cet eurobond, en le substituant par une émission plus avantageuse et en allongeant la maturité globale du portefeuille d’endettement.
Aujourd’hui, l’option de rachat renforce la crédibilité du pays auprès des investisseurs institutionnels. Elle montre que l’émetteur ne se limite plus à lever des fonds, mais pilote activement son portefeuille obligataire.
Sur le marché secondaire, cette perspective soutient la valeur du titre. Elle limite les anticipations de stress à long terme et améliore la perception du risque souverain camerounais. Cette approche est d’autant plus scrutée que plusieurs pays africains font face à des tensions de liquidité. Le Cameroun cherche ainsi à se distinguer par une stratégie prudente et lisible.
Une flexibilité stratégique dans un environnement volatil
L’option de rachat ouvre aussi la voie à de futures opérations de refinancement. Celles-ci pourraient combiner eurobonds, titres régionaux et dette domestique. Une telle diversification permettrait d’équilibrer devises, maturités et coûts. Elle réduirait également l’exposition aux chocs externes.
A l’analyse, cette évolution illustre un tournant stratégique. Le Cameroun adopte une approche plus sophistiquée de sa dette, alignée sur les standards des marchés émergents suivis par les investisseurs globaux. Dans un environnement encore incertain, ce signal de discipline et d’anticipation contribue à rassurer les marchés. Il conforte la place du Cameroun parmi les signatures africaines surveillées de près par les investisseurs internationaux.



