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Cameroun : la chute du taux de couverture sur le marché des titres de la BEAC alerte le Trésor public

En 2025, le Cameroun a mobilisé 1 318,17 milliards FCFA (environ 2,7 milliards USD) sur le marché des titres de la Banque des États de l’Afrique centrale (BEAC) via les émissions de bons du Trésor assimilables (BTA) et d’obligations du Trésor assimilables (OTA). Ce résultat a été présenté le 19 février 2026 à Douala par…

Siège de la BEAC, à Yaoundé (Cameroun). © DR

En 2025, le Cameroun a mobilisé 1 318,17 milliards FCFA (environ 2,7 milliards USD) sur le marché des titres de la Banque des États de l’Afrique centrale (BEAC) via les émissions de bons du Trésor assimilables (BTA) et d’obligations du Trésor assimilables (OTA). Ce résultat a été présenté le 19 février 2026 à Douala par le ministre des Finances, Louis Paul Motazé, lors d’un roadshow investisseurs consacré au programme de financement de l’État pour 2026. Toutefois, le contexte de marché s’est nettement durci par rapport aux années précédentes.

L’indicateur le plus préoccupant reste la forte chute du taux de couverture de la demande. Selon le ministre des Finances, « il est passé de 206,98% en moyenne en 2020 à seulement 69,71% en 2025. Autrement dit, le Trésor ne parvient plus à lever l’intégralité des montants sollicités ».

« Cette évolution traduit un changement profond du comportement des souscripteurs sur le marché financier de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC). Les investisseurs, autrefois très surliquides, deviennent plus sélectifs et plus exigeants », analyse un habitué du marché des titres de la BEAC.

« Entre 2020 et 2025, le taux d’intérêt moyen pondéré des BTA est passé de 2,67% à 6,65%. Dans le même temps, le prix moyen pondéré des OTA a reculé de 98,1% à 95,23%. Ces chiffres traduisent une hausse significative du coût de financement pour l’État », a déclaré Louis Paul Motaze à Douala.

Pour le membre du gouvernement camerounais, la première explication tient à la remontée générale des taux dans la zone CEMAC. La politique monétaire plus restrictive de la BEAC vise à contenir l’inflation et soutenir la stabilité externe. Cette orientation renchérit mécaniquement le coût des ressources pour les États.

La seconde explication réside dans la concurrence accrue entre émetteurs souverains. En effet, plusieurs États de la CEMAC sollicitent simultanément le marché monétaire pour financer leurs déficits. En conséquence, l’offre abondante de titres dilue la demande disponible des investisseurs institutionnels.

Les souscripteurs adoptent aussi une stratégie de gestion du risque plus prudente. La réduction des maturités demandées traduit une préférence pour les placements courts et liquides. Les investisseurs exigent des primes plus élevées pour compenser les risques perçus.

La chute du taux de couverture signale également une sensibilité accrue à la trajectoire budgétaire du Cameroun. Les investisseurs scrutent davantage la soutenabilité de la dette et la capacité de remboursement à moyen terme. Toute incertitude se traduit par des offres plus limitées.

Pour rappel, en 2026, le programme d’émissions de titres publics du Cameroun prévoit des emprunts nets de 400 milliards de FCFA (environ 720 millions USD). Dans ce contexte, le Trésor public camerounais incite à l’adaptation. Ceci passe par une meilleure prévisibilité des émissions et une diversification de la base d’investisseurs. A défaut, la persistance d’un taux de couverture inférieur à 100% pourrait limiter la marge budgétaire de l’État, renforçant ainsi la dépendance à des financements plus coûteux ou à des partenaires extérieurs. Un signal que le marché financier de la CEMAC adresse désormais sans ambiguïté au Cameroun.

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