Le président de la Transition du Gabon, le général Brice Clothaire Oligui Nguema, est arrivé ce mercredi 6 décembre au Cameroun. « Sur invitation de son homologue camerounais, Paul Biya », selon le cabinet civil de la présidence de la République du Cameroun.
A en croire cette entité en charge des affaires privées du chef de l’État camerounais, dans le dossier de presse élaboré à l’occasion de cette visite, les questions transfrontalières devraient faire l’objet des discussions entre les deux hommes d’État. Ce, un peu plus de 10 ans après la tenue de la première session des rencontres bilatérales sur les questions consulaires et de sécurité transfrontalière qui avait eu lieu à Yaoundé, du 10 au 12 septembre 2012. Des assises qui avaient débouché sur la création de la Commission mixte permanente de sécurité transfrontalière, ainsi qu’à l’institution du règlement intérieur du Comité mixte de suivi et d’évaluation des questions consulaires et de sécurité transfrontalière.
Cette visite se déroule également quelques années après l’annonce, par les autorités gabonaises, de la suppression, en octobre 2017, des visas pour les ressortissants des autres cinq pays (Cameroun, Centrafrique, Congo, Guinée équatoriale et Tchad) de la Communauté économique et monétaire d’Afrique centrale (CEMAC), suite à l’accord conclu en 2013 sur la libre circulation en Afrique centrale.
1,5 million de FCFA par voyage dans les contrôles
Pourtant, sur le terrain, la réalité est toute autre. En effet, selon un rapport de la Banque mondiale intitulé « Gabon : vers une croissance durable plus verte et plus inclusive » et rendu public fin 2022, « entre le Cameroun et le Gabon, les transporteurs routiers dépensent 1,5 million de FCFA par voyage dans les contrôles ». L’institution de Bretton Woods révèle en effet qu’« entre la frontière d’Abang Minko au Cameroun et Librevile, la capitale gabonaise, longue de 478 km, un camion peut s’attendre à être arrêté une fois tous les 10,8 km. Soit 25 fois par la police et la gendarmerie, 4 fois chacun par les municipalités, les douanes et la police phytosanitaire et 7 fois par d’autres entités ». Selon les habitués de cette route, « rien n’a changé depuis la prise de pouvoir de l’hôte de Paul Biya d’aujourd’hui ».
Une situation qui plombe les échanges commerciaux entre les deux pays. Selon un rapport sur le « Commerce extérieur en 2021 », l’Institut national de la statistique (INS), du Cameroun révélait que « le Cameroun n’a exporté que 38,9 tonnes de marchandises vers le Gabon pour une valeur de 27,2 milliards de FCFA soit 1,1%, contre 38,2 tonnes de marchandises en provenance du Gabon estimées à 23 milliards de FCFA (0,6%) de la valeur totale. Les tracasseries routières entre le Gabon et Cameroun impacte également le commerce interafricain qui n’est que de 4% en zone de CEMAC. « Une honte », pour l’ancien président de la Commission de la CEMAC, Daniel Ona Ondo. Qui, en juin 2022, avait emprunté l’axe Douala-Yaoundé-Oyem-Libreville pour constater qu’« il y a trop de barrages. Il faudrait qu’on lève ces barrages qui sont bloquants pour le commerce ».
La communauté des transporteurs routiers qui parcourent le corridor incriminé espère que la visite du président de la Transition gabonaise au président camerounais va réduire à zéro les dépenses superflues engagées à chaque voyage. Brice Oligui Nguema joue également à Yaoundé la réintégration de son pays dans les organisations communautaires sous-régionales (CEMAC et CEEAC notamment). Il devra donc montrer patte blanche pour engager une lutte sans merci contre les fossoyeurs de la libre circulation des personnes et des biens en zone CEMAC. En face, son homologue, Paul Biya, n’oublie pas que le Gabon faisait partie, avec la Guinée équatoriale, des deux derniers pays qui avaient toujours rechigné à appliquer l’accord y relatif, conclu en 2013.



