Vendredi 18 septembre 2026

Accès Premium FR · EN

Finance africaine — depuis 2013

,

Cameroun : comment le diaspora bond peut transformer l’épargne expatriée en moteur de croissance

Selon des données officielles, en 2024, les transferts de fonds de la diaspora camerounaise ont dépassé 652 milliards de FCFA (environ 1,2 milliard USD), soit environ 8,4% de la loi rectificative 2025 du Cameroun qui s’élevait à 7.735,9 milliards de FCFA (environ 14 milliards USD). Ces flux constituent une ressource financière stable, récurrente et largement…

Selon des données officielles, en 2024, les transferts de fonds de la diaspora camerounaise ont dépassé 652 milliards de FCFA (environ 1,2 milliard USD), soit environ 8,4% de la loi rectificative 2025 du Cameroun qui s’élevait à 7.735,9 milliards de FCFA (environ 14 milliards USD). Ces flux constituent une ressource financière stable, récurrente et largement sous-exploitée par l’État camerounais.

« Si la diaspora a pu envoyer cette somme, c’est qu’elle est une source de financement pour l’économie camerounaise. Seulement, à l’observation, elle n’est pas organisée pour jouer un rôle important dans cette économie. Il est donc question de mobiliser ces financements et de l’organiser pour cela », nous confie Sébastian Chi, acteur financier, notamment dans la microfinance, au Cameroun. Il pense alors à des diaspora bonds, un instrument financier que le pays n’a pas encore expérimenté.

En effet, à ce jour, le Cameroun ne dispose pas d’un diaspora bond, contrairement à plusieurs économies africaines comparables. Cet instrument financier permet de transformer l’épargne des expatriés en financement souverain structuré et orienté vers le développement.

Les diaspora bonds offrent aux investisseurs expatriés un rendement prévisible, sécurisé, et un impact économique mesurable. Ils constituent également une alternative crédible aux eurobonds et aux financements multilatéraux souvent plus coûteux. « Ce type de financement du développement de l’économie nationale a l’avantage de rassurer les émetteurs, surtout que les taux de remboursement avantageux », souligne un responsable du ministère camerounais des Finances.

Par ailleurs, l’expérience africaine démontre que la diaspora manifeste un intérêt croissant pour l’investissement productif lorsque la gouvernance, la transparence et la traçabilité des fonds sont garanties. Dans ce contexte, le Cameroun dispose d’un potentiel significatif encore inexploité.

Un potentiel financier confirmé par les expériences africaines

Plusieurs pays africains ont déjà structuré avec succès des émissions obligataires dédiées à leur diaspora. Le Sénégal figure parmi les exemples récents les plus probants. Selon le ministère sénégalais des Finances, le troisième appel public à l’épargne de 2025 a permis de mobiliser plus de 450 milliards de FCFA (environ 810 millions USD). L’objectif initial était fixé à 300 milliards de FCFA (environ 540 millions USD), soit un taux de couverture supérieur à 150%.

En 2017, le Nigeria avait précédemment levé 300 millions USD via un diaspora bond, avec une forte demande des investisseurs expatriés. L’Éthiopie, pionnière du mécanisme dès 2008, a mobilisé des fonds pour financer le barrage de la Renaissance.

Le Kenya, de son côté, ambitionne une levée initiale comprise entre 250 et 500 millions USD. À long terme, Nairobi vise un encours potentiel de 3,8 milliards USD.

Ces expériences confirment que les diaspora bonds peuvent devenir des instruments stratégiques de financement des infrastructures. Ils permettent également de diversifier les sources de dette et d’alléger la pression budgétaire.

Avec 652 milliards de FCFA de transferts en 2024, le Cameroun dispose d’une base solide. Une conversion de seulement 10% représenterait environ 65 milliards de FCFA (environ 117 millions USD) mobilisables chaque année. Sébastian Chi explique qu’« il faudra identifier les principaux bénéficiaires ainsi que les émetteurs de ces fonds afin de les amener à orienter l’utilisation de ces financements vers l’investissement au lieu de le faire uniquement pour la consommation familiale et des investissements non productifs ».

Enjeux économiques, gouvernance et attractivité pour les investisseurs

Aujourd’hui, la majorité des transferts de la diaspora camerounaise est orientée vers la consommation ou le soutien familial. L’absence d’un instrument structuré limite l’investissement productif à long terme.

Un diaspora bond permettrait d’impliquer directement les expatriés dans le financement de projets stratégiques. Les secteurs ciblés pourraient inclure les infrastructures, l’énergie, le logement, l’agro-industrie et les services publics.

Pour réussir, ce mécanisme nécessite des standards élevés de gouvernance financière. Des audits indépendants, un reporting régulier et une affectation claire des fonds sont indispensables.

L’accessibilité constitue également un facteur clé de succès. Des tickets d’entrée abordables et la possibilité de souscrire en FCFA, en euro ou en dollar renforceraient l’attractivité. Les plateformes digitales de souscription faciliteraient l’accès aux investisseurs basés en Europe, en Amérique du Nord et en Afrique. La dimension patriotique de l’instrument doit s’accompagner d’un rendement compétitif.

Pour les investisseurs, le diaspora bond offre une combinaison rare entre rendement financier et impact économique tangible. Pour l’État, il renforce la souveraineté financière et réduit la dépendance aux marchés internationaux volatils.

Impact macroéconomique et perspectives pour la dette publique

A moyen terme, un diaspora bond camerounais pourrait devenir une source de financement stable et prévisible. Il permettrait de transformer une partie des transferts annuels en capital productif à long terme. Les fonds levés pourraient financer des projets générateurs de revenus, facilitant un remboursement autonome. Cette approche réduirait alors le risque pour l’État et améliorerait la soutenabilité de la dette publique.

Sur le plan macroéconomique, souligne Guillaume Biouélé, en service au ministère des Marchés publics, « les investissements réalisés soutiendraient la croissance, l’emploi et les recettes fiscales ».
« Ces investissements amélioreraient également la perception du Cameroun sur les marchés financiers internationaux », poursuit-il.

« La transparence dans l’utilisation des fonds renforcerait la confiance de la diaspora et favoriserait des souscriptions récurrentes. L’instrument pourrait être émis de manière annuelle ou pluriannuelle », soutient Laurice Serge Eteki Eloundou, économiste camerounais, expert en gouvernance. Celui qui est également président d’n comité de développement local à l’Est du pays indique que « sur une période de dix ans, le diaspora bond pourrait mobiliser une part significative de l’épargne expatriée. Il deviendrait un pilier du financement des projets structurants du pays ».

A l’analyse, le diaspora bond représente une opportunité stratégique pour le Cameroun. Sa réussite dépendra de la gouvernance, de la crédibilité institutionnelle et de la transparence opérationnelle.

Bien structuré, il permettrait de réformer le financement de la dette publique tout en mobilisant l’épargne diaspora. Un levier durable pour soutenir la croissance économique et renforcer la souveraineté financière nationale.

LIRE AUSSI. Dr. Marc Onana Ombé: « Les diaspora bonds sont moins soumis à la volatilité des marchés financiers »

Financial Afrik Premium