Le gouvernement ghanéen, par la voix de son ministre des Finances Cassiel Ato Baah Forson, a annoncé, ce jeudi 12 février, une refonte profonde de l’industrie du cacao pour pallier un modèle de financement défaillant. Cette réforme structurelle repose sur trois piliers majeurs : la conversion de plusieurs milliards de dollars de dettes du Ghana Cocoa Board (COCOBOD), une révision drastique des prix aux producteurs et une obligation de transformation locale. L’objectif est de corriger les séquelles d’une gestion passée et de stabiliser ce secteur vital, tout en imposant désormais la transformation industrielle d’au moins 50 % de la production nationale de fèves.
Cette décision intervient dans un contexte de forte volatilité des cours mondiaux. La valeur de la tonne de cacao sur le marché international est passée d’une moyenne de 7 200 dollars à environ 4 100 dollars, forçant les autorités à ajuster leurs mécanismes de soutien. En conséquence, le Comité de révision des prix a abaissé le prix départ ferme à environ 3 766 dollars la tonne (contre 5 278 dollars précédemment), sur la base des nouveaux tarifs en vigueur depuis le 12 février 2026. À l’unité, le sac de cacao est désormais fixé à environ 235 dollars, reflétant la nouvelle réalité du marché global.
L’ajustement des prix répond également à des impératifs de sécurité frontalière et de parité avec la Côte d’Ivoire. En octobre 2025, la hausse initiale des prix au Ghana visait à contrer la contrebande, après que la Côte d’Ivoire avait augmenté son prix à la production de 20 %. Le Dr Forson a souligné que les fluctuations de change de l’époque avaient creusé un écart dangereux entre les deux pays, menaçant de détourner la production ghanéenne vers les circuits ivoiriens. Cette nouvelle grille tarifaire tente de maintenir un équilibre entre la rémunération des planteurs et la viabilité budgétaire de l’État.
Enfin, la stratégie de transformation locale marque un tournant industriel majeur pour le deuxième producteur mondial. En imposant le traitement de la moitié des fèves dans des unités nationales, le Ghana cherche à s’extraire de la dépendance aux exportations de matières premières brutes, sujettes aux chocs de prix externes. Cette politique de valeur ajoutée, couplée à la conversion de la dette souveraine liée au cacao, vise à restaurer la crédibilité financière du COCOBOD et à garantir une meilleure captation de la richesse par les acteurs locaux de la chaîne de valeur.



