Les nouvelles exigences de l’Union européenne censées garantir que les fèves importées en Europe ne viendraient pas de parcelles déforestées après janvier 2021, entrent en vigueur le 1er janvier 2025 et concernent également la Côte d’Ivoire, dont le cacao représente 45 % de la production mondiale. Un délai rappelé, ce jeudi 3 octobre, par le directeur général du Conseil café-cacao (CCC), Yves Brahima Koné, au cours d’une conférence de presse à Abidjan.
Ce dernier a également souligné qu’un travail préalable a été fait avec les producteurs, dans la dynamique de la traçabilité et du concept cacao zéro déforestation. « Nous avons déjà échangé avec les producteurs et aucune initiative du CCC ne se fait sans qu’ils ne soient informés », a-t-il dit-. Et de révéler qu’à ce jour, toutes les multinationales appliquent le Différentiel de revenu décent (Drd) qui obéit à la commercialisation des fèves à 400 dollars/tonne.
Le directeur général du Conseil a également indiqué que dans la politique de l’agro foresterie, chaque producteur de cacao doit planter 20 à 40 arbres l’hectare chaque année en zone rurale. Et les producteurs des plantations dans les forêts classées devront planter plus de 40 arbres. Déplorant que 15% des plantations de cacao sont encore localisées dans les forêts classées.
« A partir du 1er janvier 2025, si le cacao des producteurs n’est pas conforme aux exigences européennes, il sera difficile de le commercialiser », avait aussi averti le directeur de cabinet adjoint du Premier ministre chargé du développement du secteur privé et également président du comité technique de coordination de la stratégie nationale pour le cacao durable, Koffi Georges Bolamo, le 30 septembre 2024 aux Journées nationales du cacao et du chocolat (JNCC) tenues à Abidjan.
Délais « irréalistes »
Fin septembre, les pays producteurs ont, dans une déclaration signée à Abidjan, souhaité un report de deux ans de l’échéance, le temps de se conformer au règlement européen sur la déforestation, jugeant que les délais de mise en œuvre sont « irréalistes au regard des exigences du règlement, allant de la géolocalisation des parcelles à l’établissement d’un système de traçabilité exhaustif ».
Le 2 octobre, la Commission européenne a proposé un délai supplémentaire de 12 mois en vue de « garantir une mise en œuvre adéquate et efficace » de la règlementation. « La Commission reconnaît que trois mois avant la date de mise en œuvre prévue, plusieurs partenaires mondiaux ont exprimé à plusieurs reprises des inquiétudes quant à leur état de préparation durant la semaine de l’Assemblée générale des Nations unies. En outre, il y a un écart dans la préparation au niveau des parties prenantes en Europe. Alors que certains espèrent être dans les temps grâce à leurs préparatifs intenses, d’autres ont exprimé des préoccupations », indique-t-elle dans un communiqué.
« Nous vendons notre cacao à un prix raisonnable »
Yyes Brahima Koné est revenu sur des rumeurs selon lesquelles les prix fixés par le CCC aux producteurs sont injustes. « En 2023-2024, quand on a ouvert la campagne, nous avons passé le mois d’octobre sans avoir client, ainsi qu’en novembre, parce que les gens s’étaient entendus pour ne pas payer le DRD. Et nous n’avons pas accepté de vendre tant qu’on ne nous verse pas le DRD. Souvenez-vous, j’ai fait un communiqué pour dire que jusqu’au 20 novembre, ceux qui ne veulent pas payer le cacao avec l’application du DRD, nous allons prendre des dispositions jusqu’à la suppression des programmes de durabilité. Et après, les choses ont commencé tout doucement. Comme le marché du cacao est très fructueux, nous avons vendu une bonne partie des fèves en décembre et janvier »
Au dire du directeur général du Conseil café-cacao, son institution a la responsabilité de protéger les planteurs. « Des gens peuvent parler, mais nous avons donné aux planteurs ce qui est convenable et chaque fois que nous aurons la possibilité, nous allons le faire », martèle-t-il. Ajoutant toutefois qu’il faut que le planteur sache qu’il travaille pour lui-même et pour l’avenir de ses enfants.
« Nous vendons notre cacao à un prix raisonnable pour payer les planteurs… j’ai même entendu des commentaires disant que le CCC supprime les taxes. Mais si on supprime les taxes, ça veut dire que le Conseil ne va pas exister », lance M. Koné.



