La Côte d’Ivoire engage une réflexion structurante sur le rôle du marché carbone dans la transition de sa première filière agricole, la cacaoculture. Confronté à la nécessité de concilier impératifs climatiques, protection forestière et viabilité économique, le pays explore désormais les mécanismes carbone comme outils de financement capables de soutenir une transformation systémique. Cette orientation a été renforcée par la présentation d’une étude approfondie sur le potentiel d’investissements carbone dans les zones cacaoyères ivoiriennes.
Les résultats de cette analyse portée par le projet Cacao Durable et conduite par Aets Afrique, mettent en évidence des zones prioritaires de séquestration, trois pré-projets carbone structurés sous forme de Project Idea Notes, ainsi que les conditions techniques nécessaires pour rendre les exploitations éligibles aux certifications carbone. Présenté le 10 décembre 2025 par Enabel (l’Agence belge de coopération), cette étude se veut un jalon important pour un secteur qui cherche à intégrer durablement l’agroforesterie, à sécuriser les revenus des producteurs et à répondre aux engagements nationaux en matière de réduction des émissions. Elle intervient dans un contexte où l’émergence des marchés carbone forestier et agroforestier ouvre une fenêtre d’opportunités inédites pour financer la restauration des paysages et moderniser les pratiques agricoles.
La rencontre organisée autour de ces résultats a permis de réunir institutions publiques, investisseurs, partenaires techniques et secteur privé afin d’examiner l’architecture institutionnelle et financière nécessaire à la montée en puissance des projets carbone. La création du Bureau du marché carbone, chargé d’accompagner les développeurs et d’assurer la liaison entre certificateurs, investisseurs et communautés, s’inscrit précisément dans cette logique de clarification du cadre juridique et d’amélioration de la gouvernance. Les échanges ont également permis de souligner les défis majeurs à lever : déficit d’information, complexité des procédures de certification, et faibles interactions entre porteurs de projets et investisseurs.
À terme, les organisateurs ambitionnent de structurer un pipeline solide d’investissements et d’attirer des financements capables de soutenir des partenariats publics-privés de grande envergure.
Dans un pays où plus de la moitié des producteurs vivaient sous le seuil de pauvreté en 2019 et où la pression démographique accentue la dégradation du couvert forestier, le marché carbone apparaît comme un instrument clé. Il offre la possibilité d’articuler transition agroécologique, amélioration durable des revenus et préservation du patrimoine forestier, positionnant ainsi la finance carbone comme un levier stratégique pour la résilience et la compétitivité future de la cacaoculture ivoirienne.



