Aux côtés des discours politiques qui ont rythmé les travaux, le Segment de Haut Niveau de Kinshasa, tenu le 14 novembre 2025, a été marqué par trois tables rondes stratégiques consacrées aux projets phares appelés à transformer la région des Grands Lacs. Mines, logistique, mobilité, souveraineté économique : ces corridors pourraient remodeler une partie de l’échiquier économique régional.
Lobito : un corridor devenu levier géoéconomique majeur
La première table ronde a mis en lumière le rôle central du Corridor de Lobito, infrastructure stratégique reliant les zones minières du Katanga et du Copperbelt au port atlantique angolais. Dans un contexte marqué par la demande mondiale croissante en minerais critiques, ce corridor n’est plus seulement une voie logistique : il devient un atout géopolitique essentiel.
Les échanges ont insisté sur la nécessité d’une gouvernance concertée entre l’Angola, la Zambie et la RDC, afin d’optimiser les retombées économiques, d’améliorer la compétitivité des exportations et d’assurer un cadre attractif pour les investisseurs internationaux. Plusieurs intervenants ont souligné que ce corridor peut devenir un modèle d’intégration minière et industrielle pour l’ensemble de la région.
Ferroviaire Tanzanie–Burundi–RDC : un pont stratégique vers l’océan Indien
La seconde table ronde a porté sur le développement du corridor ferroviaire reliant la Tanzanie au Burundi, avec une extension décisive vers la RDC. Avec plus de 2 milliards USD déjà engagés, ce projet représente un tournant dans la connectivité régionale.
La réduction des coûts et délais de transport, la connexion directe à l’océan Indien et le renforcement des chaînes logistiques transfrontalières devraient repositionner la région dans les échanges internationaux.
L’enjeu dépasse la simple mobilité : il s’agit d’un projet structurant qui contribuera à renforcer les interdépendances économiques, réduire les tensions historiques et favoriser des investissements industriels à long terme.
RDC–Ouganda : moderniser les routes, renforcer la résilience économique
La troisième table ronde s’est concentrée sur la modernisation des axes Kasindi–Beni–Butembo et Bunagana–Rutshuru–Goma, essentiels pour le commerce transfrontalier entre la RDC, l’Ouganda, le Burundi et la RCA.
Les participants ont souligné l’importance d’améliorer la sécurité, de réduire les barrières non tarifaires et de faciliter la circulation des marchandises dans une zone où les routes conditionnent directement les opportunités économiques.
Avec un financement prévu entre 300 et 500 millions USD, ce corridor routier représente un levier stratégique pour renforcer le commerce intra-africain et soutenir la mise en œuvre de la ZLECAf dans la région des Grands Lacs.
Une vision d’ensemble : connecter pour stabiliser
En réunissant ces trois projets, le Segment de Haut Niveau a démontré que la région des Grands Lacs entre dans une phase stratégique : celle où infrastructures, diplomatie économique et coopération régionale deviennent les véritables moteurs de la paix durable.



