La facture de l’orpaillage illicite en Côte d’Ivoire est colossale : près de 142 tonnes d’or échappent chaque année au contrôle de l’État, entraînant un manque à gagner estimé à environ 4 600 milliards de FCFA. C’est ce qu’a indiqué le directeur général du Centre ivoirien antipollution (CIAPOL), Bernard Yapo, lors d’une intervention, lundi 17 août, sur les antennes de Life TV. La non-déclaration de ces volumes prive le Trésor public des taxes d’extraction, des redevances minières et des droits de douane, pénalisant l’ensemble du secteur minier formel tout en appauvrissant durablement les communautés rurales.
Dans le Gontougo, le Bounkani, La Mé, le Poro et la Bagoué, l’orpaillage illicite règne en maître malgré la contestation des populations urbaines et rurales. Cette activité clandestine prospère en marge de la loi, transformant profondément le paysage socio-économique de ces régions et suscitant de vives tensions en raison des impacts dévastateurs constatés sur le terrain.
Sur les plans environnemental et agricole, les conséquences sont dramatiques. La quasi-totalité des cours d’eau ivoiriens a pris une coloration boueuse et subit une pollution durable des bassins versants en raison de l’utilisation massive de produits chimiques. Cette situation compromet gravement l’environnement, la sécurité alimentaire, ainsi que la pérennité des cultures de rente et des productions vivrières.
Face à cette menace, l’État intensifie la riposte à travers des unités spécialisées telles que le Groupement spécial de lutte contre l’orpaillage illégal (GS-LOI), la Brigade de répression des infractions au Code minier (BRICM) et la Brigade spéciale de surveillance et d’intervention (BSSI). Bien que ces forces aient permis de démanteler plus de 8 500 sites et d’interpeller des milliers de contrevenants depuis 2021, le phénomène continue de prospérer.
Lors de la réunion du Conseil national de sécurité (CNS), tenue le 23 juillet 2026 sous la présidence du chef de l’État, Alassane Ouattara, les autorités ont décidé d’intensifier la répression sur le terrain. Cette décision a conduit à la destruction de plusieurs engins lourds de forage et de dragues. Les autorités entendent également frapper la chaîne d’approvisionnement, notamment les concasseurs, les tapis de rétention et les produits chimiques. Au total, 4 400 individus ont été déférés devant la justice, dont 65 % de ressortissants étrangers. Près d’un milliard de FCFA en espèces et plus d’une centaine de kilogrammes d’or pur ont été saisis lors de ces opérations. Selon le communiqué du CNS, une plus grande responsabilisation des préfets, des corps préfectoraux, ainsi que des chefs coutumiers et des élus locaux, est désormais demandée afin d’identifier les complices au niveau communautaire.




