Au cours d’un point de presse organisé le 15 juillet 2026 à Yaoundé, le ministre des Mines du Cameroun, Fuh Calistus Gentry, a annoncé que le gouvernement lancera dès le 1er août 2026 une vaste opération de contrôle visant à récupérer au total 395 milliards de FCFA (environ 680 millions USD) de recettes fiscalo-douanières issues de la production d’environ 17,17 tonnes d’or, au cours actuel de 80.000 FCFA (environ 138 USD) le gramme. Ces recettes, qui couvrent les productions aurifères de 2025 et 2026, sont constituées de l’impôt synthétique minière libératoire (ISML) et du droit de sortie (DS).
Dans le détail, informe le ministre des Mines, le Trésor public s’attend à au moins 95 milliards de FCFA (environ 164 millions USD) sur la production de 4,13 tonnes (t) d’or en 2025. Pour 2026, le gouvernement annonce 300 milliards de FCFA (environ 517 millions USD) de recettes supplémentaires en 2026 pour 13,04 t d’or.
Le gouvernement camerounais justifie cette opération de recouvrement fiscal par ce que, selon Fuh Calistus Gentry, « près de 90% de l’or produit dans le pays échappe aux circuits officiels de collecte, privant l’État de recettes fiscales substantielles et alimentant un vaste marché informel ». Le mouvement vise des opérateurs actifs dans les zones de production de l’Est et de l’Adamaoua. Question, pour l’Etat, de reprendre le contrôle de sa filière aurifère.
Ce redressement fiscal marque un durcissement de la politique de contrôle dans une activité longtemps caractérisée par une faible traçabilité des transactions et des exportations. L’ampleur des pertes met en évidence les limites du dispositif actuel de gouvernance minière. Malgré les réformes engagées ces dernières années, une grande partie de la production artisanale continue d’être commercialisée en dehors des circuits agréés, réduisant les recettes fiscales et les réserves officielles.
A titre d’illustration, dans un rapport de mission d’avril 2016 effectuée dans les sites miniers de l’Est, le Cadre d’appui à la promotion à l’artisanat minier (CAPAM) révélait déjà que « l’Etat du Cameroun perd un milliard de FCFA par mois dans les chantiers miniers, soit 12 milliards de FCFA par an ». L’ancêtre de la Société nationale des mines (Sonamines) mettait en cause « les micmacs des exploitants lors des séances de lavage d’or ». Il incriminait également « les personnels du CAPAM » dont la responsabilité était engagée dans les fausses déclarations de production. Dans un système qui continue d’être déclaratif, le flou dans l’exploitation minière, notamment aurifère, au Cameroun, a de beaux jours devant lui.
Pour un expert en investigations minières, « l’opération dite de recouvrement fiscal engagée par le ministre des Mines est un autre subterfuge pour couvrir ses défaillances dans ce secteur ». Si, officiellement, cette initiative vise à « renforcer la conformité des opérateurs aux obligations déclaratives et aux règles de commercialisation », en réalité, il s’agit, pour le gouvernement camerounais, d’« élargir l’assiette fiscale du secteur extractif ». En effet, soutient notre source, « au-delà du manque à gagner budgétaire, cette situation affecte les équilibres macroéconomiques ». Surtout qu’au Cameroun, l’or constitue un actif stratégique susceptible de renforcer les exportations, d’améliorer les réserves de change et de soutenir les finances publiques dans un contexte de diversification des sources de revenus.
Cette offensive intervient alors que le Cameroun cherche à améliorer la contribution du secteur minier à son développement économique. Plusieurs projets industriels sont en cours dans les filières de l’or, du fer, de la bauxite, du rutile et du nickel, avec l’ambition d’accroître la valeur ajoutée locale.
Le défi reste toutefois considérable. La prédominance de l’orpaillage artisanal, la porosité des frontières et l’existence de réseaux informels favorisent les sorties illicites du métal précieux vers les pays voisins et les marchés internationaux.
Pour les investisseurs, la formalisation de la filière constitue néanmoins une opportunité. Une meilleure traçabilité de la production renforcerait la crédibilité du secteur, améliorerait la gouvernance et faciliterait l’accès aux financements internationaux, de plus en plus conditionnés au respect des critères de transparence et de responsabilité.
La réussite de cette stratégie dépendra de la capacité des autorités à conjuguer contrôle fiscal, modernisation de la collecte et incitations à la formalisation des exploitants. L’objectif est de transformer l’or en un véritable levier de croissance, tout en réduisant le poids de l’économie informelle.




