À compter du 1er janvier 2026, le capital social minimum exigé des banques opérant dans la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC) passera de 10 à 25 milliards de FCFA (soit de 18 à 45 millions USD). La décision, adoptée par la Commission bancaire de l’Afrique centrale (COBAC), a été rendue publique le 10 décembre 2025 par le gouverneur de la Banque des Etats de l’Afrique centrale (BEAC), président de la COBAC, Yvon Sana Bangui.
Cette réforme marque un tournant majeur dans la régulation du secteur financier sous-régional. Elle s’appliquera immédiatement aux nouveaux établissements bancaires souhaitant obtenir un agrément dans l’un des six pays membres (Cameroun, Centrafrique, Congo, Gabon, Guinée équatoriale et Tchad) de la CEMAC. Les banques déjà en activité bénéficieront d’une période transitoire leur permettant de se conformer progressivement aux nouvelles exigences de capitalisation.
« A travers cette décision, le régulateur vise à renforcer la solidité financière des banques, améliorer leur capacité d’absorption des chocs macroéconomiques et consolider la stabilité du système bancaire dans une région encore exposée à des risques structurels élevés », souligne Laurice Serge Eteki Eloundou, économiste camerounais. Pour qui, « le relèvement du capital minimum vise également à accroître la capacité des banques à financer les économies locales, dans un contexte où les besoins en crédits d’investissement restent importants, notamment pour les infrastructures, l’industrialisation et la transition énergétique ».
Cette décision intervient après plus d’une décennie de statu quo réglementaire. Le seuil de 10 milliards de FCFA, en vigueur depuis 2009, était devenu insuffisant au regard de la taille croissante des bilans bancaires, de l’évolution des risques et des standards prudentiels observés dans d’autres zones monétaires africaines. « En relevant fortement le capital requis, la COBAC entend rapprocher la CEMAC des meilleures pratiques régionales et internationales », note Olivier Lamissa, journaliste économique et financier, qui dirige Cameroon Business Today (CBT), le magazine spécialisé de la Société de presse et d’édition du Cameroun (Sopecam) qui édite également le quotidien à capitaux publics Cameroon-tribune.
« Toutefois, relativise Sébastian Chi, un expert financier camerounais, la réforme ne sera pas sans conséquences pour le paysage bancaire sous-régional. » Et pour cause, notre expert indique que « pour plusieurs établissements de taille moyenne ou à capitaux locaux, l’atteinte du nouveau seuil de 25 milliards de FCFA constituera un défi stratégique majeur. Des opérations de recapitalisation, l’entrée de nouveaux investisseurs, voire des rapprochements ou fusions pourraient s’accélérer dans les prochains mois ».
À moyen terme, les autorités communautaires espèrent que « cette exigence plus élevée favorisera l’émergence de banques plus solides, mieux gouvernées et capables de jouer pleinement leur rôle dans le financement du développement économique de la CEMAC ». Une transformation profonde du secteur bancaire régional semble désormais engagée.
Pour rappel, le nouveau règlement de la COBAC ne concerne pas seulement les banques. En effet, en son article 3, ce texte indique que les établissements financiers devront justifier d’un minimum de 4 milliards de FCFA (7,2 millions USD), contre 1 milliard de FCFA fixé par le règlement de 2009 actuellement en vigueur.




