Mardi 3 novembre 2026

Accès Premium FR · EN

Finance africaine — depuis 2013

,

Sénégal, Budget 2026 : le service de la dette bat un record 

En 2026, le Sénégal consacrera environ 5 490 milliards de francs CFA — soit près de 10 milliards de dollars — au paiement du service de la dette (principal et intérêts). Ce montant, inédit, est plus du double de celui inscrit dans les prévisions budgétaires au moment où Macky Sall quittait le pouvoir, confirmant une…

En 2026, le Sénégal consacrera environ 5 490 milliards de francs CFA — soit près de 10 milliards de dollars — au paiement du service de la dette (principal et intérêts). Ce montant, inédit, est plus du double de celui inscrit dans les prévisions budgétaires au moment où Macky Sall quittait le pouvoir, confirmant une dérive structurelle des finances publiques.

Selon le projet de loi de finances 2026, près de 70 % des recettes de l’État seront absorbées par le seul remboursement de la dette. Autrement dit, pour chaque 100 francs de revenus, 70 seront destinés aux créanciers — une configuration qui laisse très peu de marges pour les investissements et les dépenses sociales. « Depuis 2024, on assiste à une sorte de marathon des révisions », observe Muhammad Ba, enseignant-chercheur à l’Université Gaston Berger cité par Radio France Internationale . « Pour la première fois, un pays de la zone UEMOA entre dans la zone rouge du FMI. »

Une exception régionale inquiétante

Dans la zone UEMOA, le Sénégal fait figure d’exception par l’ampleur du service de la dette. En comparaison :

  • Côte d’Ivoire : environ 3 800 milliards FCFA de service de la dette en 2026, soit 45 % de ses recettes budgétaires ;
  • Bénin : environ 1 200 milliards FCFA, soit 42 % de ses recettes ;
  • Burkina Faso : autour de 900 milliards FCFA, soit 38 % des recettes ;
  • Togo : environ 620 milliards FCFA, soit 35 % ;
  • Niger : à peine 500 milliards FCFA, malgré une croissance plus faible.

Ainsi, le Sénégal se retrouve isolé, avec un ratio dette/recettes comparable à celui de certains pays surendettés d’Afrique centrale comme le Cameroun ou le Congo. À ce niveau, le pays dépasse les seuils de soutenabilité fixés par le FMI et la Banque mondiale.

La fuite en avant de l’endettement intérieur

Face à un accès extérieur devenu coûteux, Dakar privilégie le marché régional. En 2025, l’État a déjà levé près de 1 000 milliards FCFA sur le marché financier de l’UEMOA, confirmant sa dépendance accrue à la dette domestique.
Cette stratégie de substitution — se financer auprès des banques locales et des investisseurs institutionnels — n’est pas sans risques : « La question est désormais celle de la capacité du marché à absorber de tels volumes sans assécher le crédit au secteur privé », avertit Muhammad Ba sur RFI.

Une crise de confiance à l’horizon

Le contraste est frappant : en 2019, le service de la dette du Sénégal s’élevait à 2 100 milliards FCFA, soit moins de 40 % des recettes. En sept ans, il a été multiplié par 2,6. Ce glissement rapide résulte de la combinaison de plusieurs facteurs :

  • la hausse des taux mondiaux depuis 2022,
  • la dépréciation du franc CFA face au dollar,
  • la montée des dépenses hors budget et des garanties publiques,
  • et la concentration du portefeuille obligataire sur le court terme.

Pour le FMI, cette dynamique place désormais le Sénégal dans une catégorie à risque élevé de surendettement. L’ajustement qui s’impose sera douloureux : hausse d’impôts, compression des dépenses et renégociation de certaines maturités.

En 2026, le Sénégal dépensera davantage pour sa dette que pour l’éducation, la santé et les infrastructures réunies. L’État se finance pour rembourser, et rembourse pour se refinancer. Dans une région où la prudence budgétaire reste la norme, Dakar illustre désormais la fragilité d’un modèle fondé sur le recours permanent à la dette.

Financial Afrik Premium