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Maroc : de violentes manifestations à l’appel de la Gen Z 212

Deux personnes ont été tuées mercredi soir à Lqliaâ, près d’Agadir, lors d’affrontements entre gendarmes et jeunes manifestants regroupés sous la bannière « Gen Z 212 », référence directe à l’indicatif téléphonique du Maroc. Selon les autorités locales, citées par l’agence officielle MAP, « les forces de l’ordre ont été contraintes de faire usage de…

Deux personnes ont été tuées mercredi soir à Lqliaâ, près d’Agadir, lors d’affrontements entre gendarmes et jeunes manifestants regroupés sous la bannière « Gen Z 212 », référence directe à l’indicatif téléphonique du Maroc. Selon les autorités locales, citées par l’agence officielle MAP, « les forces de l’ordre ont été contraintes de faire usage de leurs armes de service, dans le cadre de la légitime défense, pour repousser une tentative d’assaut menée contre les locaux de la brigade territoriale, dans une entreprise visant à s’emparer de munitions, de matériels et d’armes ».

Une contestation générationnelle

Cet épisode s’inscrit dans un climat de tension croissante entre la jeunesse urbaine marocaine et les institutions. Inspirée par des mouvements similaires en Afrique et ailleurs, la « Gen Z 212 » cristallise une révolte sociale qui trouve ses racines dans le chômage élevé, la précarité des conditions de vie et le sentiment d’exclusion politique.
Les manifestations, d’abord sporadiques, se structurent désormais autour de slogans fédérateurs, diffusés massivement sur les réseaux sociaux. Elles traduisent un rejet des élites établies et un appel à une redistribution des opportunités économiques et sociales.

La mécanique des déséquilibres

Le cas de Lqliaâ illustre la fragilité des équilibres territoriaux : dans ces zones périurbaines où cohabitent croissance démographique rapide, chômage massif et faiblesse des services publics, toute étincelle peut dégénérer en affrontements violents. Les jeunes, souvent diplômés mais sans emploi, voient dans la confrontation directe une manière d’exprimer une frustration accumulée.

En écho au rapport de S&P Global Ratings

Le drame du sud marocain résonne avec les avertissements publiés le 1er octobre 2025 par S&P Global Ratings. Dans son rapport intitulé “Youth And Urbanization Threaten Emerging Markets’ Stability”, l’agence souligne que l’essor démographique des jeunes dans les grandes villes des marchés émergents, conjugué à un ralentissement de la croissance économique, constitue un facteur majeur d’instabilité.
Selon l’analyste Valerijs Rezvijs, « la création d’emplois sera freinée par les tendances lourdes de l’automatisation et de l’intelligence artificielle, pesant particulièrement sur les marchés du travail urbains ». L’étude pointe des risques élevés en Afrique subsaharienne, mais aussi dans certaines zones d’Asie centrale et du Caucase.

Si le Maroc n’est pas directement nommé, ses caractéristiques démographiques — une population jeune, urbaine et connectée — recoupent plusieurs des critères identifiés. L’épisode de Lqliaâ illustre ainsi, de façon brutale, la matérialisation de ces risques dans un contexte national.

Les enjeux pour Rabat

Pour les autorités marocaines, le défi est désormais double : maintenir l’ordre public tout en apportant des réponses structurelles aux revendications d’une jeunesse qui représente près d’un tiers de la population. La stabilité sociale passera par la capacité à créer des emplois décents, à améliorer l’inclusion économique et à offrir des perspectives aux nouvelles générations.

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