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Virement instantané et e-CFA : ces grandes révolutions annoncées par la BCEAO

Le 30 septembre 2025, l’Union économique et monétaire Ouest Africaine (UEMOA) franchira un seuil historique avec le lancement officiel de la Plateforme Interopérable du Système de Paiement Instantané (PI-SPI), orchestrée par la Banque Centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO). « Ce n’est pas un simple ajustement technique, mais une bascule profonde vers une nouvelle…

Le 30 septembre 2025, l’Union économique et monétaire Ouest Africaine (UEMOA) franchira un seuil historique avec le lancement officiel de la Plateforme Interopérable du Système de Paiement Instantané (PI-SPI), orchestrée par la Banque Centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO). « Ce n’est pas un simple ajustement technique, mais une bascule profonde vers une nouvelle architecture monétaire, où la lenteur, la fragmentation et les délais qui hantaient les transactions financières ne seront plus que de vieux souvenirs », explique un expert d’un bureau de change. 

Dès cette date, les virements entre banques, institutions de microfinance et opérateurs de mobile money seront exécutés en temps réel, 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7. En somme, un gain de temps précieux pour les opérateurs économiques, une augmentation de la vitesse de circulation de la monnaie et, en somme, de la productivité du capital.

Cette interopérabilité systémique est au profit de l’utilisateur final : particuliers, PME, commerçants, diasporas. Dans les coulisses, le chantier est déjà bien avancé. Depuis le 5 juin, une phase de tests grandeur nature est en cours, mobilisant un échantillon de clients triés sur le volet par les établissements agréés. L’objectif : éprouver la robustesse, la sécurité et la rapidité de la plateforme avant son ouverture totale. La liste des acteurs techniques ayant passé avec succès ces critères, mise à jour au 31 juillet (Lire notre précédent article ), témoigne d’un engagement massif du secteur.

Ce n’est pas tout . La BCEAO prépare aussi une seconde onde de choc : l’introduction de sa propre monnaie numérique de banque centrale, l’e-CFA. Concrètement, tout agent économique pourra détenir de la monnaie centrale numérique directement émise par la banque centrale, sans passer par les canaux bancaires traditionnels. Une innovation potentiellement déstabilisatrice pour des modèles fondés sur la captation des dépôts, la gestion des flux et les marges de transferts.

Reste que ces innovations de la BCEAO, si elles  sont révolutionnaires à l’échelle régionale,  n’ont pas vocation, pour l’instant, à s’appliquer aux transferts internationaux. D’ailleurs la banque centrale a publié le 1er août 2025, une série d’instructions majeures visant à clarifier et encadrer les opérations financières et commerciales entre les pays de l’UEMOA et le reste du monde.

Cela dit, explique -t-on, le virement instantané en interne et le e-CFA ouvrent la voie à de futures extensions avec, par exemple, les systèmes régionaux d’Afrique de l’Est (EAC/COMESA), de la CEMAC ou du Maghreb, voire des projets de correspondance numérique Sud-Sud ou avec l’Europe. Cela requerra, bien entendu, des accords multilatéraux, des normes de sécurité et de change, et surtout une volonté politique coordonnée.

En attendant, on peut le dire, les PI-SPI et e-CFA changent la donne à l’intérieur de l’UEMOA, la révolution des paiements transfrontaliers restant, elle, à venir.

La BCEAO prend-t-elle le leadership africain ?

En prenant cette avance technologique, l’UEMOA s’installe en tête du peloton africain. La Communauté économique et monétaire de l’Afrique Centrale (CEMAC ) en est encore aux balbutiements, avec des projets de digitalisation souvent cantonnés aux transferts par mobile money. Au Maghreb, le Maroc a déployé une stratégie ambitieuse avec le système « GSIMT », mais sans équivalent d’un PI-SPI à l’échelle régionale. L’Algérie, de son côté, reste largement en retard. En Europe, le virement instantané SEPA est bien installé, mais souvent payant et non systématique. Aux États-Unis, le système FedNow lancé en 2023 amorce la modernisation, mais l’adoption reste fragmentée selon les banques. L’Afrique de l’Ouest fait ainsi irruption dans le club très restreint des zones monétaires ayant misé sur l’instantané, l’interopérable et l’inclusif. 

En Afrique de l’Est, le Kenya fait figure de pionnier avec son écosystème M-Pesa, devenu référence mondiale, mais qui reste un système fermé à l’interopérabilité bancaire complète. Des avancées sont toutefois en cours à l’échelle de la Communauté de l’Afrique de l’Est (EAC), notamment via le projet régional REPSS porté par la COMESA.

L’Afrique du Sud a lancé son système de règlement instantané dès 2006 (RTC, Real-Time Clearing), mais celui-ci reste cher pour les utilisateurs finaux et n’est pas encore universel. Un projet de réforme, appelé « PayShap », est en cours de déploiement depuis 2023 pour généraliser les paiements rapides à bas coût. L’Égypte, quant à elle, a adopté une stratégie ambitieuse avec la plateforme InstaPay, connectée à la Banque centrale et aux établissements financiers, qui vise à démocratiser les paiements en temps réel dans un marché encore dominé par le cash.

Financial Afrik Premium