Le Sénégal fait face à une détérioration alarmante de sa situation financière, confirmée par la rétrogradation de sa note souveraine à «B-» par Standard & Poor’s, assortie d’une perspective négative. Cette décision, annoncée le 14 juillet, s’inscrit dans un contexte d’alourdissement de la dette et s’ajoute à une série de mises en garde déjà formulées par d’autres agences de notation.
Selon S&P, un audit des comptes publics a révélé un niveau de dette atteignant 118 % du PIB pour 2024, plaçant le Sénégal parmi les pays africains les plus endettés de la catégorie « B ». Cette révision intègre environ 8 300 milliards de francs CFA (13 milliards USD) de dettes jusque-là non consolidées, soit 41 % du PIB. L’agence prévoit que la dette restera élevée, autour de 110 % du PIB jusqu’en 2028, soit plus que les projections antérieures.
Le budget révisé pour 2025 fait état de besoins de financement accrus à 5 700 milliards de francs CFA (10,2 milliards USD, soit 26 % du PIB), liés notamment à une hausse de 15,8 % des remboursements de la dette et au règlement des arriérés envers le secteur privé (environ 2 % du PIB).
Le déficit budgétaire est estimé à près de 9 % du PIB en 2025, au-dessus de l’objectif gouvernemental de 7,8 %, faute de mesures fiscales nouvelles. Cette situation rend la réduction du déficit largement dépendante d’une croissance économique dynamique.
S&P anticipe une croissance réelle de 8 % en 2025, portée par la production pétro-gazière (Sangomar, Grand Tortue Ahmeyim) et l’augmentation de la production aurifère.
Consensus négatif des agences
S&P, Moody’s et, indirectement, Fitch, partagent une évaluation pessimiste de la trajectoire budgétaire du Sénégal. La notation de S&P fait suite à celle de Moody’s, qui a abaissé la note du pays de B1 à B3 en février 2025, également avec une perspective négative.
Ces notations récentes traduisent des inquiétudes partagées sur la viabilité de la dette publique, malgré un environnement de croissance favorable. Le gouvernement ambitionne de ramener le déficit sous 3 % du PIB d’ici 2027, mais le poids croissant du service de la dette ainsi que la forte dépendance aux financements régionaux exposent le pays à des risques accrus en cas de tensions sur les marchés.




