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Rapport ATEO: Les économistes d’Afreximbank appellent à un sursaut stratégique pour l’Afrique

Abuja, 25 juin 2025 – L’un des moments phares de la première journée des Assemblées Annuelles d’Afreximbank a été la présentation du rapport économique conjoint African Trade and Economic Outlook (ATEO) et African Trade Report (ATR) 2025, dévoilé par Dr. Yemi Kale, Chief Economist et Managing Director en charge de la recherche et de la…

Abuja, 25 juin 2025 – L’un des moments phares de la première journée des Assemblées Annuelles d’Afreximbank a été la présentation du rapport économique conjoint African Trade and Economic Outlook (ATEO) et African Trade Report (ATR) 2025, dévoilé par Dr. Yemi Kale, Chief Economist et Managing Director en charge de la recherche et de la coopération internationale. Ce rapport dresse un état des lieux sans complaisance, mais porteur d’opportunités, de l’économie africaine dans un contexte international de plus en plus fragmenté.

Selon les économistes de la Banque africaine d’import-export, le continent a enregistré une croissance de 3,3 % en 2024, en deçà des niveaux d’avant-COVID, mais supérieure aux prévisions. Pour 2025, les perspectives sont plus optimistes avec une croissance attendue de 4 %, portée par la consommation intérieure, la hausse des investissements et une meilleure intégration commerciale dans le cadre de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf). Quelque 41 % des économies africaines devraient croître à un rythme supérieur à 5 %, soit près du double de la moyenne mondiale, confirmant la montée en puissance de l’Afrique comme pôle de croissance.

L’analyse met en lumière plusieurs déséquilibres structurels : une dépendance persistante au dollar dans les échanges, un accès restreint au financement du commerce, et une architecture financière mondiale peu favorable aux économies africaines. Le continent fait face à un déficit annuel de financement commercial estimé entre 100 et 120 milliards de dollars, tandis que les normes prudentielles comme Bâle IV et les biais de notation freinent l’accès au crédit pour les banques africaines. Dans ce contexte, Afreximbank plaide pour une autonomie stratégique, fondée sur le renforcement des institutions financières africaines, le recours accru aux monnaies locales, le développement de plateformes numériques adaptées, et l’élargissement de l’usage de PAPSS, le système panafricain de paiement et de règlement, déjà adopté par 16 banques centrales.

Sur le plan commercial, le rapport salue le rebond du commerce intra-africain, qui atteint 220,3 milliards de dollars en 2024, soit une progression de 12,4 % par rapport à 2023. Toutefois, cette dynamique reste marginale : les échanges intra-africains ne représentent encore que 14,4 % du commerce total du continent, un chiffre qui illustre l’ampleur des défis à relever. Bureaucratie, lenteurs dans la certification des règles d’origine, infrastructures insuffisantes, coûts logistiques élevés et financement limité continuent d’entraver l’essor d’un véritable marché intérieur africain.

Afreximbank appelle à des réformes ambitieuses et coordonnées pour transformer cette résilience conjoncturelle en souveraineté structurelle. Cela passe par la consolidation de la ZLECAf au-delà des seuls aspects tarifaires, la modernisation des chaînes logistiques, l’harmonisation des cadres réglementaires, le soutien accru aux PME et l’élargissement du rôle des banques multilatérales africaines. La Banque, à elle seule, a déjà injecté 18,7 milliards de dollars en 2024 et vise 40 milliards d’ici 2026, tout en mobilisant des partenaires comme les institutions régionales et l’Alliance des institutions financières multilatérales africaines (AAMFI), qui prévoient plus de 62 milliards de dollars de financement à venir.

Dr. Kale conclut que face à un monde de plus en plus multipolaire, l’Afrique doit agir sans attendre, en s’appuyant sur ses propres leviers. La fragmentation mondiale, loin d’être un frein, peut devenir une opportunité stratégique si elle est abordée avec lucidité, coordination et détermination. L’heure n’est plus à la dépendance mais à la maîtrise : pour peser dans la gouvernance mondiale, financer son développement, et transformer son potentiel en puissance réelle

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