(1,00 Dollar des États-Unis = 9,2059166 Moroccan Dirhams) Sept ans de pause. C’est le temps qu’aura pris Attijariwafa bank pour digérer les nombreuses acquisitions réalisées dans le cadre de sa stratégie d’expansion panafricaine, amorcée dans la deuxième moitié des années 2000. Devenue l’un des premiers groupes bancaires du continent, la banque semble avoir levé le pied depuis 2018, mettant en sommeil ses velléités conquérantes. En toile de fond : une phase de consolidation longue, trop longue, et un attentisme stratégique qui interroge.
Derrière cette prudence assumée, certains pointent une posture plus mesurée de son président, Mohamed El Kettani. Figure centrale du secteur financier marocain depuis deux décennies, l’homme fait l’objet de rumeurs persistantes le pressentant à des fonctions d’envergure nationale ou internationale – rumeurs systématiquement démenties, mais qui n’en finissent pas d’alimenter les spéculations. En interne, la question de la succession se pose avec acuité mais n’est pas encore au menu. Des noms reviennent : Ismail Douiri, patron de l’international et des filiales de financement spécialisé, technocrate reconnu ; et Hassan Bertal, aux commandes du pôle Maroc et Europe, perçu comme mieux connecté aux cercles d’influence des milieux bancaires africains. Il y a encore Mouawia Essekelli, patron d’Attijariwafa bank Egypte, qui a réussi le pari de rentabiliser cet investissement au départ risqué à cause des fluctuations de la livre égyptienne.
Une stratégie en panne d’élan
En attendant, la banque cherche un nouveau souffle en Afrique. En Mauritanie, la tentative d’acquisition de la filiale de Société Générale n’a pas prospérée, illustrant les limites du rayonnement régional actuel du groupe. En Côte d’Ivoire, Attijariwafa bank reste solidement positionnée dans le top 3, mais la concurrence monte en puissance, ce qui n’effraie pas Mohamed EL GHAZI, un spécialiste de la sous région, qui a eu à officier au Sénégal et au Mali avant de prendre quartier sur les bords de la Lagune Ebrié. Le Sénégal, lui, confirme le ralentissement du groupe : autrefois numéro un, CBAO Attijariwafa bank a été reléguée derrière Société Générale, comme l’attestent les derniers classements de parts de marché. Des stats qui devraient mettre fin au round d’observation de Rachid El Bouzidi, le nouveau directeur général, en poste depuis septembre 2024.
Quant au Cameroun, l’activité demeure stable mais sans éclat, soutenue par une croissance organique modérée sous la houlette de Alexandre BEZIAUD, en poste depuis cinq ans. De manière générale, le groupe semble privilégier une posture défensive, en s’appuyant sur l’approfondissement de ses marchés existants plutôt qu’une stratégie offensive, un pari non dénué de sens dans la conjoncture actuelle.
Des résultats solides, mais sans catalyseur stratégique
Malgré ce recentrage, les fondamentaux restent solides. Au premier trimestre 2025, le résultat net part du groupe s’est élevé à 2,8 milliards de dirhams, en progression de 14,1 % sur un an. Le résultat net consolidé atteint 3,3 milliards de dirhams, en hausse de 14,7 %. Le produit net bancaire, quant à lui, s’établit à 9 milliards de dirhams, en progression de 5,9 % (+9,3 % à taux constants), porté par la bonne tenue de la collecte d’épargne et des activités de marché, dans un contexte de détente monétaire au Maroc.
Les dépôts et crédits consolidés progressent respectivement de 8,6 % et 8,2 %, et le résultat des activités de marché bondit de 19,4 %, à 1,6 milliard de dirhams. Le coefficient d’exploitation s’améliore à 34,2 %, reflet d’un bon pilotage des charges. Enfin, le coût du risque, en repli à 0,82 %, témoigne d’un portefeuille maîtrisé.
Sur le plan de la solidité financière, les fonds propres consolidés atteignent 76,2 milliards de dirhams, en hausse de 10,5 %, tandis que la rentabilité des actifs (RoAA) se fixe à 1,82 %, et le RoTE à 22,7 %, des niveaux enviables dans le secteur.
Une équation non résolue
Pour autant, ces bons résultats ne masquent pas l’absence d’une vision stratégique renouvelée. Le cycle de croissance externe, qui avait permis à la banque d’imposer son empreinte sur le continent, est à l’arrêt. L’heure est à la question : quelle est la prochaine étape ? Et surtout, avec qui à sa tête ? En l’état, Attijariwafa bank se trouve à la croisée des chemins. Si le groupe conserve une position de force sur plusieurs marchés, son avance se réduit à mesure que d’autres acteurs accélèrent leur transformation numérique, leur internationalisation ou leur offensive commerciale. Le risque ? Voir son image de locomotive régionale progressivement effacée par l’émergence de nouveaux champions continentaux. Le temps de la digestion est peut-être passé. Celui de la relance devient urgent.




