Niamey plombée par le risque politique et le risque de liquidité. Le taux de rendement moyen pondéré tout près de la barre des 10%.
L’État du Niger a levé, le 8 mai 2025, un montant de 20,183 milliards de FCFA (environ 34,3 millions de dollars) sur le marché financier de l’Union monétaire ouest-africaine (UMOA), à l’issue d’une adjudication de bons assimilables du Trésor (BAT) à six mois. L’opération, pilotée par UMOA-Titres, visait à mobiliser l’épargne régionale afin de contribuer au financement du budget national.
Fixé initialement à 25 milliards de FCFA, le montant mis en adjudication a été souscrit à hauteur de 20,183 milliards, soit un taux de couverture de 100,92%. Le Trésor nigérien a retenu la totalité des soumissions, enregistrant un taux d’absorption de 100%. Le taux de rendement moyen pondéré ressort à 9,99%, un niveau particulièrement élevé pour une maturité aussi courte dans l’espace UMOA.
Ce coût de refinancement reflète les tensions croissantes entourant la signature souveraine du Niger. Depuis la rupture institutionnelle de 2023 et la suspension des soutiens budgétaires extérieurs, le pays multiplie les recours au marché régional pour maintenir un minimum de liquidité budgétaire. Or, les investisseurs, bien qu’encore présents, ajustent de plus en plus leur exposition à un risque qu’ils jugent accru. Le rendement approchant les 10% traduit ainsi une double prime : une prime de risque politique et une prime de liquidité. Le premier facteur est lié à l’incertitude persistante sur la gouvernance et les perspectives de reprise du dialogue avec les institutions internationales. Le second reflète la faible rotation du papier nigérien sur le marché secondaire, ce qui le rend moins attrayant pour les gestionnaires d’actifs, malgré une valorisation apparente.
Dans ce contexte, l’absence de sursouscription sur cette opération, conjuguée à un taux d’intérêt aussi élevé, témoigne d’un appétit modéré, voire prudent, des investisseurs institutionnels. Le fait que le Trésor ait accepté toutes les offres en l’état montre également l’urgence croissante pour Niamey de trouver des ressources, fût-ce à un coût élevé. À ce jour, le cumul des émissions publiques de l’État du Niger s’élève à 689 milliards de FCFA, soit 13,93% de l’ensemble des levées réalisées par les États membres de l’UMOA en 2025. Les remboursements effectués atteignent 508 milliards, auxquels s’ajoutent 76 milliards d’intérêts déjà versés, illustrant la pression croissante sur la trésorerie de l’État.
Cette émission ne marque pas un échec mais elle ne peut être considérée comme un franc succès. Elle révèle une situation délicate, où la solvabilité n’est pas encore remise en cause, mais où la confiance des investisseurs se fragilise. Dans un marché où l’asymétrie d’information et la perception du risque comptent autant que les fondamentaux économiques, le Niger devra rapidement rassurer pour espérer alléger le coût de ses futures levées.




