Le champ gazier Grand Tortue Ahmeyim (GTA), situé à la frontière maritime entre le Sénégal et la Mauritanie, a entamé, le 2 janvier 2025, la production de son premier puits, marquant une étape clé pour ce projet énergétique majeur en Afrique de l’Ouest. Cependant, ce lancement est entaché par des différends concernant les dépenses d’investissement et la gestion des partenariats. BP, opérateur principal du projet, aurait estimé les coûts à 8,3 milliards de dollars, soit entre 1,7 et 2 milliards de dollars de plus que les montants suggérés dans un rapport confidentiel de Mazars, commandité par le ministère sénégalais du Pétrole. Cette divergence soulève des préoccupations sur les retombées financières futures pour les deux pays.
Dans ce contexte, le Sénégal aurait suspendu la signature de bons liés à l’unité flottante de production et de stockage (FPSO), infrastructure clé financée par BP et devant être remboursée à long terme par les deux États. La Mauritanie, pour sa part, semble adopter une position plus conciliante, alignant ses estimations sur celles de Kosmos Energy, un autre partenaire du projet. Ces tensions reflètent des inquiétudes sur l’impact de coûts jugés potentiellement excessifs, qui pourraient retarder les bénéfices pour les deux pays et augmenter leur dette.
Les coûts, initialement évalués à 3,5 milliards de dollars, ont explosé en raison de retards, de dépenses imprévues, et de litiges avec des fournisseurs. La faillite de McDermott, un partenaire clé de BP, a notamment entraîné une réorganisation contractuelle, BP confiant à Allseas et Saipem la finalisation de la construction sous-marine. En parallèle, BP est également impliqué dans un différend avec Golar LNG, propriétaire de l’unité flottante de liquéfaction de gaz (FLNG) utilisée dans le cadre de GTA. Golar LNG, qui avait conclu un accord avec BP pour la location et l’exploitation de cette unité sur une période de 20 ans, a récemment obtenu une révision commerciale de l’accord. Ce « reset commercial » a été imposé par les désaccords sur les termes financiers initiaux, entraînant des négociations prolongées pour ajuster les modalités de rémunération. Ce différend souligne les complexités des arrangements contractuels liés à GTA et ajoute une couche supplémentaire de tension à la gestion globale du projet.
Outre le différend avec Golar LNG, BP a également été impliqué dans des batailles juridiques avec Kosmos Energy, partenaire du projet. La Chambre de Commerce Internationale (ICC) a statué en faveur de BP, empêchant Kosmos de vendre du GNL issu de GTA à des tiers, renforçant ainsi le contrôle de BP sur la gestion et la commercialisation du gaz.
Perspectives et défis
Malgré ces tensions, GTA reste un projet stratégique pour le Sénégal et la Mauritanie, avec des recettes potentielles estimées à plusieurs milliards de dollars. Les discours officiels se veulent optimistes. A l’annonce du démarrage de l’exploitation, Birame Souleye Diop, ministre sénégalais de l’Énergie, a salué une « vision commune » avec la Mauritanie pour faire de GTA un modèle de collaboration énergétique réussie. Mohamed Ould Khaled, son homologue mauritanien, a qualifié le partenariat d’ »exemplaire », reflétant la capacité des deux pays à atteindre des objectifs ambitieux.. Alors que la première cargaison de GNL est attendue d’ici la fin de l’année, la résolution des conflits actuels sera déterminante pour assurer une exploitation durable et équitable des ressources gazières.




