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Guinée : Mamadi Doumbouya  face à Simandou, ce vieil éléphant blanc de 15 milliards de dollars 

L’un des actes forts du comité national du rassemblement pour le développement (CNRD) depuis le 5 septembre 2021 sous la houlette du Colonel Mamadi Doumbouya, aura sans doute été la signature de l’accord-cadre tripartite entre le gouvernement guinéen, Winning Consortium Simandou et Rio Tinto Simfer. Une avancée décisive pour la relance du mégaprojet minier du…

L’un des actes forts du comité national du rassemblement pour le développement (CNRD) depuis le 5 septembre 2021 sous la houlette du Colonel Mamadi Doumbouya, aura sans doute été la signature de l’accord-cadre tripartite entre le gouvernement guinéen, Winning Consortium Simandou et Rio Tinto Simfer.  Une avancée décisive pour la relance du mégaprojet minier du Simandou d’une valeur de 15 milliards de dollars, soit le plus grand projet d’extraction de minerai de fer et d’infrastructures en Afrique. 

 L’accord-cadre paraphé avec les partenaires miniers (Winning Consortium Simandou et le groupe anglo-australien Rio Tinto-Simfer, respectivement pour les blocs 1-2 et les blocs 3-4), après un gel du projet qui a ramené les protagonistes autour de la table afin de parvenir à un compromis, tiendrait  compte des intérêts de toutes les parties prenantes.

Prioritairement des intérêts de la Guinée et de l’opportunité d’exploiter le Simandou ainsi que des retombées éventuelles du plus grand gisement de fer à haute teneur au monde, estimé à 8 milliards de tonnes de fer. Une prouesse pour les militaires ? Les observateurs recommandent la prudence. Certes en 7 mois, les militaires ont beaucoup plus avancé sur le dossier que le régime d’Alpha Condé en dix ans, mais aujourd’hui encore le projet est à l’état de maquette.

Toutefois, le gouvernement a réussi à négocier et à obtenir dans le nouvel accord-cadre, la mutualisation infrastructurelle des projets de Winning Consortium Simandou (WCS) pour les blocs 1 et 2 et celui de Rio Tinto (associé à Chinalco dans Simfer) pour les blocs 3 et 4 du Simandou. Mieux, la Guinée a obtenu son intégration totale au projet à travers la création d’une co-entreprise qui garantit à la république de Guinée, en plus de ses 15% des parts du minerai, une participation gratuite et non diluable au capital du chemin de fer et du port à hauteur de 15%. Un accord sur le modèle de la compagnie des bauxites de Guinée (CBG) où l’État guinéen détient 49% des actions contre 51%  par le consortium Halco Mining composé majoritairement du géant américain Alcoa et de l’anglo-australien Rio Tinto.

Alors que les conventions de base de Rio Tinto et de WCS stipulaient initialement que le chemin de fer  et le port de Morebayah ne reviendraient  à l’État guinéen qu’après 35 ans d’utilisation, les négociateurs guinéens sont parvenus à convaincre les partenaires de mettre à la disposition de la Guinée, les infrastructures ferroviaires et portuaires dès la fin de leur construction et  l’État guinéen s’engage à en assurer la gestion durant toute la vie du  projet.

La Guinée disposera également selon le nouvel accord, du chemin de fer dont l’utilisation à la base n’était prévue que pour le transport du minerai de fer dans les conventions de base de WCS et Simfer, pour transporter des produits agricoles, des personnes et des biens.

L’accord-cadre met également un terme aux incertitudes liées au démarrage de la production, en obtenant des partenaires un calendrier d’exécution très précis des projets avec des contraintes de pénalités majeures allant jusqu’au retrait, pur et simple du titre minier pour la société qui ne respecterait pas ses engagements. Ainsi, la construction des infrastructures ferroviaires et portuaires doit être achevée à la fin 2024 pour une entrée en production en 2025.

En termes d’impact, le gouvernement entend s’assurer que les droits des communautés riveraines seront respectés. Un accent particulier a été mis dans le nouvel accord-cadre sur le respect strict des normes environnementales, sociales, d’hygiènes, de santé et de gouvernance (ESG), pour les travailleurs ainsi que toutes communautés affectées directement ou indirectement ainsi que sur la qualité des infrastructures qui seront construites.

Dans le même ordre d’idées, l’accord-cadre met en priorité la promotion des entreprises guinéennes dans le cadre du contenu local. Une disposition oblige ainsi les sociétés étrangères prestataires qui seront sélectionnées en cas d’absence de compétences locales sur un domaine spécifique, à mettre en place des joint-ventures avec des sociétés locales pour exécuter les travaux.  

Le transfert de technologie, savoir-faire et les emplois également n’ont pas été occultés car l’accord-cadre donne un accent particulier à la promotion des compétences locales. WCS et Rio Tinto Simfer s’engagent ainsi à faire du renforcement de capacités des jeunes Guinéens dans tous les domaines d’activité socio-économiques, une priorité.

Le gouvernement guinéen très regardant sur la mise en œuvre de l’accord-cadre

Les autorités guinéennes ont annoncé le 17 juin dernier lors d’une rencontre tripartite avec ses partenaires, plusieurs décisions importantes prises pour accélérer la mise en route du projet. Il s’agit notamment de:

La création d’un Comité Stratégique chargé de la mise en œuvre de l’Accord-cadre et de suivi du projet qui sera désormais l’interlocuteur de WCS

·         Le recrutement d’un cabinet d’avocats « Watson and Farley » pour l’assister dans le conseil institutionnel et juridique

·         Le recrutement prochain d’un ingénieur conseil

·         Le recrutement d’un cabinet de conseil financier

Les autorités ont dans la foulée publié un communiqué dans lequel elles réaffirment  à leurs  partenaires que la co-entreprise en cours de création sera une société de substance dès le départ (phase de construction) et que les trois partenaires devront être présents dans toutes les entités ou comités stratégiques, d’exécution, de suivi ou de résolution de tous problèmes liés au Projet ou en rapport avec le Co-développement et l’utilisation des infrastructures. L’État guinéen exige également d’être associé à toutes les décisions de gouvernance de la co-entreprise. Des dispositions qui devraient apparaître dans les statuts de la co-entreprise.

Le projet Simandou, un enjeu de développement crucial

Le «Transguinéen », chemin de fer d’une longueur de 679 km reliant la mine du Simandou à Beyla, à un port en eaux profondes, situé à Matakang, dans la préfecture de Forécariah, en Basse Côte va désenclaver tout le pays et connecter les zones les plus reculées à la capitale Conakry. Ce qui fera du projet Simandou un accélérateur de développement socio-économique et permettra de développer l’agriculture, le commerce, d’accélérer la décentralisation,  le développement du numérique, l’urbanisation, la lutte contre l’exode rural, l’immigration clandestine, etc….et fera de la Guinée un Hub de croissance et d’émergence sur le continent.  

L’exploitation du méga-gisement de fer de Simandou est l’une des plus grosses opportunités qui s’est offerte à la Guinée depuis son indépendance pour amorcer de manière durable son développement socio-économique. Ce mégaprojet permettra à l’État  de bénéficier des avantages spécifiques à chaque étape de sa réalisation, notamment en termes d’emplois directs et indirects, de contenu local et de revenus fiscaux. Les hypothèses retenues démontrent ainsi que les revenus directs de l’État seulement sur les blocs 1 et 2 sont estimés à 15,5 milliards de Dollars, sans parler des revenus indirects…

Le « Simandou Project » sera un puissant levier avec un effet d’entraînement multiforme pour booster le développement de la Guinée, en favorisant l’industrialisation et la production locale. Le secteur privé guinéen se doit d’être au rendez-vous du « local content » sur le « Simandou Project » qui lui déroule le tapis rouge, en élargissant leur spectre de compétence et en s’alignant très rapidement sur les standards internationaux de qualité.   

C’est pour cela que la Guinée doit tout mettre en œuvre pour que ce projet aboutisse, anticiper sur les projections pour ne pas être pris au dépourvu du boom minier qui en découlera, notamment sur les contraintes énergétiques, de matières premières, d’urbanisation, d’hôtellerie, d’infrastructures, etc…Le Colonel Mamadi Doumbouya en fait un point d’honneur. «Hausser le ton quand il le faut et ménager les partenaires miniers (Winning Consortium Simandou et Rio Tinto Simfer) quand c’est nécessaire », comme le déclame-t-on dans son entourage. Son exigence pour la construction des raffineries d’alumine par les géants miniers évoluant dans l’extraction de la bauxite afin d’accélérer l’industrialisation de la Guinée, s’inscrit dans le même ordre d’idées, « Guinea first ».  

Les enjeux sont énormes pour ce pays dont le sous-sol est qualifié de «scandale géologique». Passer d’une exploitation minière primaire ou secondaire à une industrie minière de transformation demande une vision pointue, des cadres aguerris et rompus aux négociations, des experts avertis des fluctuations et tendances sur les  marchés internationaux, qui ne se prononcent et défendent les intérêts de la Guinée que sur la base d’un code minier savamment ficelé. Place à un leadership réformateur de l’industrie minière guinéenne !    

Mamadou Aliou Diallo pour Financial Afrik  

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