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ZLECA, patience et tact : à Addis Abeba,  rien de nouveau 

« La ZLECA nécessite du tact et de la patience », affirme Riyad Mezouar, président du Bureau des ministres africains des Finances et de la Planification économique au sortir de la conférence marathon des ministres africains des finances tenue du 12 au 18 mars à Addis Abeba. Cette déclaration, prononcée lors d’un évènement coïncidant aussi avec la…

« La ZLECA nécessite du tact et de la patience », affirme Riyad Mezouar, président du Bureau des ministres africains des Finances et de la Planification économique au sortir de la conférence marathon des ministres africains des finances tenue du 12 au 18 mars à Addis Abeba. Cette déclaration, prononcée lors d’un évènement coïncidant aussi avec la cinquante-septième session de la Commission économique pour l’Afrique (CEA), semble un aveu voilé d’une impuissance prolongée face aux défis colossaux de l’intégration continentale.

À l’heure où les discours des années précédentes, marqués par l’exaltation panafricaine sous la houlette de figures comme Mme Dlamini Zuma, se muent en sessions d’une pragmatique excessive, le rêve s’effrite. L’euphorie qui avait un jour enveloppé des salles entières, au son de « Africa Unite », a cédé la place à des réunions où les bonnes intentions documentées ne suffisent plus à masquer un certain désenchantement.

La conférence d’Addis Abeba, bien qu’orientée vers des « actions stratégiques transformatrices », a mis en exergue une série de bonnes pratiques et de nécessités, notamment l’activation des chaînes de valeur régionales et le rôle pivot de la digitalisation. Qui pourrait ne pas être d’accord sur ces bonnes intentions?

Toutefois, ces sujets, bien que cruciaux, semblent désormais trop familiers aux oreilles d’une audience en quête de résultats tangibles et immédiats.

Le ministre marocain, ainsi que Claver Gatete, Secrétaire exécutif de la CEA, ont beau souligner l’importance de la coopération interétatique et du renforcement des capacités nationales, leur rhétorique peine à cacher une réalité moins reluisante : la ZLECA est un processus lent, peut-être trop lent face aux urgences économiques et sociales du continent.

Le Professeur Nthuli Ncube, ministre des Finances du Zimbabwe, a quant à lui évoqué avec aplomb  la nécessité d’une organisation africaine de notation de crédit pour contrer la sous-évaluation des économies africaines. Au risque de désapprouver l’un des meilleurs ministres africains des finances, nous lui rappelons que créer une agence de notation africaine revient à enfoncer des portes ouvertes vu le nombre d’agences de notation déjà constituées. Plutôt que de se focaliser sur l’invention d’un nouveau thermomètre, mobilisons-nous pour un marché africain des capitaux du Caire au Cap.

Ainsi, à l’instar de Carlos Lopes qui, en son temps et dans cette même tribune, avait su galvaniser les masses autour des enjeux d’intégration et d’industrialisation, les leaders actuels gagneraient à transcender les discours et engager des actions concrètes qui, seules, pourront redonner espoir à un continent en attente, non pas de mots mais de preuves. Comme le dit le poète, il n’y a pas d’amour , il  n’y a que des preuves d’amour. Que dire donc de l’intégration africaine ? 

La conférence ministérielle à la légitimité de porter le vrai débat africain. De notre point de vue, une transformation radicale, non seulement de ton, mais aussi de contenu est salutaire. Car, comme le soulignait Keynes, « à long terme, nous serons tous morts » . Un rappel brutal que l’action, plus que la patience, est l’urgence du jour.

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